Espère et Tremble


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Espère et Tremble

par Jacques Réda

Bien avant le printemps parfois une chaleur étrangement

lourde
S’élève vers le soir à la corne du bois sans feuilles ou près

de la rivière,
Et rôde entre les chemins creux où brûle un résidu de

soufre.
Halo des milliers d’yeux des milliers de troupeaux qui

remontèrent
Des fonds troubles du temps vers ce qui fut le tumultueux

avenir.
Espère et tremble : qui s’approche ou s’efface encore au

détour,
Couronné d’herbe rude et d’un éclat de bleu plus vif À mesure qu’en bas la nuit dissout les reflets, les réponses
A la question déployée en ton cœur comme un drapeau ?
Espère et tremble au souffle chaud qui rôde ; espère et

tremble.

QUAND LA POCHE TEND SON CAILLOU


 

Anna Kapustenko 56

QUAND LA POCHE

TEND SON CAILLOU

 

Passerelle

tremblement du ballant

un singe peut aussi faire le pont

quand il ne reste plus de branches aux arbres

Dans les fougères à l’abri

la fraîcheur se tient tapie

un autre monde vît

au-dessus des affaires

nu intègre râle

bien à l’écart

Les fourmis se promènent sans culottes

les papillons sont topless

et sans chaussettes vont bon train les mille-pattes

comme les abeilles

qui jamais

bien que passant des montagnes

ne mettent de cache col

Un monde ailleurs

où le plus rien prospère

Reste toujours une fleur

que les boutonnières ignorent par bonheur

Vase au marais

ne cage jamais

les grenouilles sautent comme des lapines

sans glas pied

D’entre l’ajonc et l’iris

plus d’un nez d’air a pu fuir l’ô rayé

libre

à travers seins

et la couette des pores

que les soies et les martres m’aiment

au bout d’un manche nageant dans le bleu

poils

toilent

les mâts t’las pour tout sortir des lies

Gypse d’ongles sans vernis

l’étoc granite ses paumes

lieu où bar nagent à côté des aquariums

ronds comme des poissons-lunes

qu’un zinc a fait Petit-Prince un jour ou l’Antoine exaspéré des hommes

a choisi de les rejoindre au plus profond de l’ô

S’il est un voeu

qui serait-ce en deux hors de Toi ma Muse ?

Niala-Loisobleu – 15 Janvier 2018

D’UN TOI QUI PENCHE


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D’UN TOI QUI PENCHE

 

Par les lames du volet qui baille, des fins d’odeur quittent les draps de la nuit. A partir du menton le froid commence à se faire sentir. Un rêve en morceaux balance au bout de la lampe du plafond. Le miaou matinal d’un glissement de poils passe entre les jambes du portique du jardin. Sur la table non débarrassée, entre des assiettes et un verre renversé, la feuille vierge penche un oeil alléchant sur le plein et délié de l’encrier. Séduction, séduction, marmonne l’inspecteur du roman policier qui tient l’enquête en haleine sur la table de nuit. Les lunettes auront-elles suffisamment de vision pour faire avancer les questions qui dérangent ? Cette silhouette qui fuit quand je l’interpelle a des allures d’enfant qui se cherche. Une ronde en musique amène à rapprocher les mains pour danser au chant du coq qui a échappé à la broche du clocher. Si la lune ne veut pas quitter son coin de ciel, faut pas la chasser. Elle porte sur sa faucille le désir de couper la part du mauvais de la vie. Un rêve ne peut devenir un pêché malgré tout le danger qu’il présente pour la raison. L’idéal, voilà le noeud de la ficelle à laquelle le cerf-volant est accroché. Ce n’est pas la panacée d’un monde qui porte le mal sans jamais le soigner. Je vois malgré tout des embarcations prêtes à narguer les zoos. Ce qu’il restera toujours d’odeur dans ma mémoire ne pourra demeurer prisonnier derrière les grilles de l’indifférence. La hauteur des marches à franchir tient la rampe pour se tenir à l’écart  du vide. Et le peu de jasmin que je garde au né, arrive m’aime à passer par-dessus celle de la merde, comme la folle espérance jetée à la face des salopes du quotidien jamais à l’arrêt.

Niala-Loisobleu – 14 Janvier 2018

Cuando la pena cae sobre mí
Quand il tombe sur moi
el mundo deja ya de existir,
le monde cesse d’exister et,
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos
entre mes souvenirs
Para encontrar la niña que fui
Pour trouver la fille que j’étais
y algo de todo lo que perdí
et certains ont tout perdu
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos
entre mes souvenirs

Sueño con noches brillantes al borde
nuits lumineuses dorment avec le bord
de un mar de aguas claras y puras
une mer d’eaux claires et pures
y un aire cubierto de azahar.
fleur d’oranger et un air couvert.

Cada momento era especial
Chaque moment était spécial
días sin prisas, tardes de paz,
jours sans hâte, les soirées de la paix,
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos.
parmi mes souvenirs.

Yo quisiera volver a encontrar la pureza
Je nouveau trouver la pureté
nostalgia de tanta inocencia
nostalgie tant d’innocence
que tan poco tiempo duró.
qui a duré si peu de temps.

Con el veneno sobre mi piel
Avec le poison sur ma peau
frente a las sombras de la pared
ombres contre le mur
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos,
entre mes souvenirs,
vuelvo hacia atrás y busco
retour en arrière et regarder
entre mis recuerdos.
parmi mes souvenirs.

Y si las lágrimas vuelven
Et si les larmes de retour
ellas me harán más fuerte.
ils vont me rendre plus fort.

L’Aqueux du Mickey ou l’ouverture à Découvertes


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L’Aqueux du Mickey

ou

l’ouverture à Découvertes

 

Marcs de café

Boire n’a jamais reprisé la chaussette

si l’amer t’hume

c’est inopportunément

garde ton sac de billes

et ta craie

puis le bord du trottoir

son caniveau

les grands départs

en bateau à voiles du grand bassin

des Tuileries

son Jeu de Paume

leurs Nymphéas

et les chevaux de bois

Avant de tirer le levier d’aiguillage

fais-toi l’aqueux du Mickey

puis appareilles grand-large

à la verticale de l’horizon

canopée

et arc-en-ciel grand pavois

mon Zoizo !

 

Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2018

 

Dire la dada


RobertFrank

 

Dire la dada

 

Le tain pâle d’un jour ordinaire balance son raisin sec sous la treille. Ses bas troués chaussent le boitillement faisant bon ménage avec la canne. Le bègue de lièvre ne saurait conter les spasmes troublants des garrigues à l’ouverture des pores tiers.

Ce relent de saut à la perche tire son élan de toutes ses forces. L’instinct du refus conservant une trace de mémoire. Mot d’espoir qui cherche l’orthographe du sans faute.

Sous les fleurs non-sevrées du corsage, la forge tient la braise. Du cou il faut bien fer quelque chose de l’enclume.

Comment dire à un enfant qu’il n’aurait pas du venir au monde ?

Niala-Loisobleu – 20 Octobre 2017

 

Rien que Soi Être


 

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Rien que Soi Être

Contre mes verres embués

ses seins fumaient de l’haleine

de ma consommation répétée

Butant à la hanche de son quai, la coque  de mon corps éperdu ahanait en longs bruissements.

Très loin les distances furent effacées avant que le matin ouvre les yeux. Impossible aujourd’hui de savoir si je suis sorti d’ailes, un ensemble d’émoi n’a pas touché terre. Je vole à l’étalage de mes pensées. Il parait qu’un fantôme épris d’un bateau traverse les océans jour et nuit. Bien que Capitaine il se pourrait que je mousse encore apprenti. Où débarque-on quand on mourre d’amour ? Ni un trou, ni le crématoire doivent pouvoir vous décoller de ce coït ininterrompu de vivre. Si on a aimé, chien on reste par reconnaissance. C’est une idée érectile qui se développe en moi. Illumination de la petite-mort. Je me souviens au début, il y a des lustres de ça, je rosissais des joues devant la grainetière quand, la mandant pour me recharger en pigments, je voyais ses yeux s’écarquiller en visualisant le rêve que j’avais gardé surmoi. A présent l’innocence qui ne me lâche plus m’a ôté toute réaction faussement honteuse.

Niala-Loisobleu – 15 Octobre 2017