Espère et Tremble


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Espère et Tremble

par Jacques Réda

Bien avant le printemps parfois une chaleur étrangement

lourde
S’élève vers le soir à la corne du bois sans feuilles ou près

de la rivière,
Et rôde entre les chemins creux où brûle un résidu de

soufre.
Halo des milliers d’yeux des milliers de troupeaux qui

remontèrent
Des fonds troubles du temps vers ce qui fut le tumultueux

avenir.
Espère et tremble : qui s’approche ou s’efface encore au

détour,
Couronné d’herbe rude et d’un éclat de bleu plus vif À mesure qu’en bas la nuit dissout les reflets, les réponses
A la question déployée en ton cœur comme un drapeau ?
Espère et tremble au souffle chaud qui rôde ; espère et

tremble.

D’UN TOI QUI PENCHE


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D’UN TOI QUI PENCHE

 

Par les lames du volet qui baille, des fins d’odeur quittent les draps de la nuit. A partir du menton le froid commence à se faire sentir. Un rêve en morceaux balance au bout de la lampe du plafond. Le miaou matinal d’un glissement de poils passe entre les jambes du portique du jardin. Sur la table non débarrassée, entre des assiettes et un verre renversé, la feuille vierge penche un oeil alléchant sur le plein et délié de l’encrier. Séduction, séduction, marmonne l’inspecteur du roman policier qui tient l’enquête en haleine sur la table de nuit. Les lunettes auront-elles suffisamment de vision pour faire avancer les questions qui dérangent ? Cette silhouette qui fuit quand je l’interpelle a des allures d’enfant qui se cherche. Une ronde en musique amène à rapprocher les mains pour danser au chant du coq qui a échappé à la broche du clocher. Si la lune ne veut pas quitter son coin de ciel, faut pas la chasser. Elle porte sur sa faucille le désir de couper la part du mauvais de la vie. Un rêve ne peut devenir un pêché malgré tout le danger qu’il présente pour la raison. L’idéal, voilà le noeud de la ficelle à laquelle le cerf-volant est accroché. Ce n’est pas la panacée d’un monde qui porte le mal sans jamais le soigner. Je vois malgré tout des embarcations prêtes à narguer les zoos. Ce qu’il restera toujours d’odeur dans ma mémoire ne pourra demeurer prisonnier derrière les grilles de l’indifférence. La hauteur des marches à franchir tient la rampe pour se tenir à l’écart  du vide. Et le peu de jasmin que je garde au né, arrive m’aime à passer par-dessus celle de la merde, comme la folle espérance jetée à la face des salopes du quotidien jamais à l’arrêt.

Niala-Loisobleu – 14 Janvier 2018

Cuando la pena cae sobre mí
Quand il tombe sur moi
el mundo deja ya de existir,
le monde cesse d’exister et,
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos
entre mes souvenirs
Para encontrar la niña que fui
Pour trouver la fille que j’étais
y algo de todo lo que perdí
et certains ont tout perdu
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos
entre mes souvenirs

Sueño con noches brillantes al borde
nuits lumineuses dorment avec le bord
de un mar de aguas claras y puras
une mer d’eaux claires et pures
y un aire cubierto de azahar.
fleur d’oranger et un air couvert.

Cada momento era especial
Chaque moment était spécial
días sin prisas, tardes de paz,
jours sans hâte, les soirées de la paix,
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos.
parmi mes souvenirs.

Yo quisiera volver a encontrar la pureza
Je nouveau trouver la pureté
nostalgia de tanta inocencia
nostalgie tant d’innocence
que tan poco tiempo duró.
qui a duré si peu de temps.

Con el veneno sobre mi piel
Avec le poison sur ma peau
frente a las sombras de la pared
ombres contre le mur
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos,
entre mes souvenirs,
vuelvo hacia atrás y busco
retour en arrière et regarder
entre mis recuerdos.
parmi mes souvenirs.

Y si las lágrimas vuelven
Et si les larmes de retour
ellas me harán más fuerte.
ils vont me rendre plus fort.

Liste de Grosse Commission


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Liste de Grosse Commission

Il parle de partir de l’autre côté de la mer
par l’autre trottoir des rivières
les rues des nuages
les caniveaux des plages
Partir sans bagages
juste une chemise de vent
et derrière un reste d’orée en plein centre d’une clairière
Il parle de partir
pour ne plus devoir traverser à vide
 
Il parle de partir
avec juste un refus dernier
un reste d’accent guttural opposé au chuintant
du sel marin dans les carreaux du tablier
plein de mauvaises herbes montrant le chemin buissonnier
une flèche au point de départ de l’arc–boutant des reins
trois cailloux c’est tout
les quatre éléments
du rauquement de Lascaux demeuré dans l’urne intime de la première Femme se refusant à l’accepter couvert

Il parle de partir
à la nage
en cerf-volant
en ultra-son
en baleine
en oie sauvage
en des seins tombés de l’aisselle des valeurs

jusqu’au Je Nous du fado

Il parle de partir ailleurs tiré

par les aboiements des chiens
riffant les six cordes d’un pucelage encorné par le feu électrique du toro, la prise de sang de l’indigné, la course de l’amputé du vétéran d’une guerre perdue d’avance, la jouissance du démuni à qui on a promis un CDI de gardien de harem, le crachat retrouvé de Boris avant l’obligation de la crémation, le goût de l’effacement dressant son humilité sur l’étable du festin orgiaque des nantis, l’arrêt de l’exploitation infantile dans les  spots pédophiles de la télé, le droit de disposer équitablement de son QI sans obligation canapé

et merde

de tout faire à la main, ses doigts où on veut, quand ils veulent, si l’ongle somme d’entrer dans la case pas hurler où est ma chasteté, aujourd’hui c’est ceinture, même si y m’harcèle pas que c’est juste que j’fais la gueule par principe

Il veut partir
Loin
Dispersé à l’éternité des parodies d’amour polygamiques et polygnathiennes pires que Pasteur aurait pu le sauver des os

Cette nuit debout sur la nouvelle-lune il a rêvé qu’il était mort. Cauchemar d’une société immature qui se vend au plus offrant. Ce soir je lui trouve la mine reposée, soulagé m’a-t-il semblé, comme un sentiment que le transit connaît quand il a pu…

Niala-Loisobleu –  19 Décembre 2017

 

La Porte Bleue


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La Porte Bleue

 

Entre des tresses d’herbes, deux ou trois remous tourbillonnent. Cils en battements morses, un sémaphore temporal lance des SOS. La patte d’oreille goutte d’une estafilade laissée par le rasoir. La main a recueilli ce que la jambe tremblante a répercuté par les fibres, ces élastiques infimes, tendus comme des cordes à piano touchées par un marteau. Un marteau qui assène des coups à en hurler du dedans. Une enveloppe glissée dans la boîte à lettres hydrophile absorbe le moindre écoulement du cri comme le mouvement du poing avalant l’injustice. Disséquant un mât, le vent cherche dans  les voiles les théories inutiles. Dans une vapeur des sens,  le trip fait offre de candidature. Une porte bat, des images volatiles se glissent dans l’entrebaillure. Le bois ne meurt, il bat d’une vertèbre à l’autre. Il geint du plaisir de la table où sont posés les verres pleins de tous les hôtes assis sur les bancs du mariage entre tous . Il roule de ces calèches emportant les mariés au bal. Il se redresse après les gémissements des reins dans un labour qui enfante, se détend, cassant la croûte dans l’humidité du ruisseau. Il trempe ses mèches aux paniers, avant de se laisser peigner par le déméloir d’une musique baroque. Frémissant comme un creux de calebasse qui vibre sous la main du tango. Les planchers des estrades résonnent, aux applaudissements des tréteaux.Le bois flotte, ventru de ses cales, bombé du pont, enflé du rouf, roulant d’un bord à l’autre de l’étrave. J’aperçois un nouveau pilotis plongé à l’envers des terres. Serai-je en vue du nouveau village ? A tout dire, je reconnais l’origine des ruelles, des vieux murs croulants, des maisons collées à leurs toitures de tuiles rondes, il y a même des prés d’herbe qui me caressent la pensée. Je saisis mes pinceaux, voilà le chevalet est debout, la vie renaît dans les toiles

Niala-Loisobleu – 14 Octobre 2017