LA MEMOIRE DES MUSES 9


LA MEMOIRE DES MUSES 9

 

Le monde s’écroulait chagrin

Dans ses doutes jaunes.

Et la persistance de ses papiers de suie

Qui pavaient des lendemains

Au tamis d’un tapis tissé brun

Laissait le corps fragmenté et la gorge aphone

A la râpe sèche de son lin.

Tant de saisons noyées dans le lit d’anciennes sources

Masse de sang arrêtée à la veine paresseuse du temps.

Ondulations

Et vertiges verts du souvenir

Accrochés aux toits du monde comme du linge de maison.

Dans ce trop peu de ciel

Il fallut bien consentir

A perdre

Pour regagner

Des matins clairs foulés

A la bride des sabots de printemps

Battant la mesure au jardin surpris

Si avide d’éternel.

Et qu’opposer à l’asphyxie

Sinon la secrète alliance

La paupière d’écume à la hanche

Et l’étreinte rapprochée du redouté sablier

Au ventre d’un matin sur territoire conquis ?

Et le vivant règne sur le vécu

Comme un défi

Que le vent bat joyeusement.

Barbara Auzou

p1050218

La Mémoire des Muses 9 – 2016 – Niala – Acrylique s/toile 41×27

CHANT POUR LE JARDIN DE L’EAU


COPIED~1

CHANT POUR LE JARDIN DE L’EAU

L’eau inaugure le lieu

L’eau, âme libre venant à toi

du moindre obscur

Écoute l’eau

toi

qui passes cette porte

Premier pas

est l’amour

Tous les suivants

gravissent la mémoire

pour saluer les passants

Ici, nul étranger

Tous frères nous sommes

venus glorifier la pureté de l’eau

Ô souveraine

qui veilles à la pureté

n’oublie pas qu’entre tes mains

l’eau fait fleurir l’âme et coule jusqu’à l’infini
Rien ne te sépare de cet air

rien de ce silence

Que je touche une pousse

revient pour moi

à toucher l’étoile

Notre nature est la même

Ici. j’écoute les entrailles qui scandent

Écris le salut

écris l’absence

Si j’étais ici une fois

je serais toujours ici

Les plafonds ne sont pas moins hauts que le ciel

les branches pas plus lentes que l’aile d’une tourterelle

L’escalier qui conduit à ma chambre

mène aussi au théâtre des mots

Scrute cette lumière jaillissant de la pierre
Les coins écartés du jardin se rapprochent les uns des autres
Le courant d’eau les pousse dans la paix de la vasque solitaire

Lente, l’ombre avance

portant nos pas

vers ce que nous ne connaissons pas

Libère-toi de l’allégresse de la fin

Tu es voué à cette marche

d’une âme l’autre

et les revenants ne se rappellent plus qui tu es

Habite la chambre du silence

Comme un sourire retenu

les miroitements reproduisent

des fleurs jamais semblables

Le jardin accueille chaque fois les premiers souffles

A chaque pas

commence

la danse

L’Andalousie n’est pas un vocable
Regarde

ces couleurs de musique

ces traces

d’amants
Ne cherche pas d’autre lieu
Ici

est l’Andalousie de l’eau ton
Andalousie

Le jardin des déserts

recueille

mes amis errants

l’un

après l’autre

Ils sont ici

échangeant des coupes de vin

sans relâche

Les nuits se déversent

sur des pentes descendant

vers les vallées du silence

Mais les amis se réunissent ici

nuit

après nuit

jardin

désert

Mohammed Bennis

Le Soi trouvé au Jardin


Le Soi trouvé au Jardin

 

La chanson qui nous chante

a des accents de vertes fêtes,

des doigts artisans qui lui donnent terre

et des refrains de menthe

à la corde et à la cambrure offertes.

La chanson qui nous chante

a fait provision d’automne.

Elle a établi son abri, sa cabane,

sa carrière silencieuse et aimante

à la craie oubliée et profane

et à l’écurie des hommes.

La chanson qui nous chante

a volé ses mots à la force du vent ému

aux lilas et aux pavots que tout contente

et à la fraîcheur d’un sol de pieds nus.

Devenus arbres sans contraintes

droits et à la sève joyeuse

nous dansons sous des ciels qui voyagent

dévêtus sans hâte aux paravents des nuages

et sans la moindre crainte,

nous tendons loin des mains travailleuses.

Devenus herbes folles et sans âge

sur l’aile nubile d’un air blond

nous nous rêvons et nous nous contons,

la nuque apaisée sur les genoux d’un jardin sauvage

qui veille, tutélaire, sur l’éclatement fécond de la figue

et sur le sanglot grave et profond d’un retour à soi

que désormais tout irrigue.

 Barbara Auzou

P1050638

Le Soi trouvé au Jardin – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 100×100

MARCHE A L’AMOUR


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Où que je sois, j’ai cette Marche à l’Amour en portrait de Toi, ma Muse.

Elle accompagne mes escapades au bleu de toutes mes couleurs, se fait arbres flottés pour un pilotis à cabane, où notre lit vogue. Elle a de l’oiseau le libertaire parcours, du fauve les ô d’heurs, du cheval la force d’airain.

Aquatique vol intersidéral ce poème est tout ce que je pense et ne peux que te chanter.

Merci Gaston Miron

N-L – 07/05/18

 

MARCHE A L’AMOUR

Tu as les yeux pers des champs de rosées tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière la douceur du fond des brises au mois de mai dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches moi je fonce à vive allure et entêté d’avenir la tête en bas comme un
bison dans son destin la blancheur des nénuphars s’élève jusqu’à ton cou pour la conjuration de mes manitous maléfiques moi qui ai des yeux où ciel et mer
s’influencent pour la réverbération de ta mort lointaine avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d’existence

la bouche envahie par la fraîcheur des herbes

le corps mûri par les jardins oubliés

où tes seins sont devenus des envoûtements

tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras

où tu changes comme les saisons

je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine

à bout de misères et à bout de démesures

je veux te faire aimer la vie notre vie

t’aimer fou de racines à feuilles et grave

de jour en jour à travers nuits et gués

de moellons nos vertus silencieuses

je finirai bien par te rencontrer quelque part

bon dieu !

et contre tout ce qui me rend absent et douloureux

par le mince regard qui me reste au fond du froid

j’affirme ô mon amour que tu existes

je corrige notre vie

nous n’irons plus mourir de langueur à des milles de distance dans nos rêves bourrasques des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres les épaules
baignées de vols de mouettes non

j’irai te chercher nous vivrons sur la terre la détresse n’est pas incurable qui fait de moi une épave de dérision, un ballon d’indécence un pitre aux larmes
d’étincelles et de lésions profondes frappe l’air et le feu de mes soifs coule-moi dans tes mains de ciel de soie la tête la première pour ne plus revenir si ce n’est pour
remonter debout à ton flanc nouveau venu de l’amour du monde constelle-moi de ton corps de voie lactée même si j’ai fait de ma vie dans un plongeon une sorte de marais, une
espèce de rage noire si je fus cabotin, concasseur de désespoir j’ai quand même idée farouche de t’aimer pour ta pureté de t’aimer pour une tendresse que je n’ai pas
connue

dans les giboulées d’étoiles de mon ciel

l’éclair s’épanouit dans ma chair

je passe les poings durs au vent

j’ai un cœur de mille chevaux-vapeur

j’ai un cœur comme la flamme d’une chandelle

toi tu as la tête d’abîme douce n’est-ce pas la nuit de saule dans tes cheveux un visage enneigé de hasards et de fruits un regard entretenu de sources cachées et mille
chants d’insectes dans tes veines et mille pluies de pétales dans tes caresses

tu es mon amour

ma clameur mon bramement

tu es mon amour ma ceinture fléchée d’univers

ma danse carrée des quatre coins d’horizon

le rouet des écheveaux de mon espoir

tu es ma réconciliation batailleuse

mon murmure de jours à mes cils d’abeille

mon eau bleue de fenêtre

dans les hauts vols de buildings

mon amour

de fontaines de haies de ronds-points de fleurs

tu es ma chance ouverte et mon encerclement

à cause de toi

mon courage est un sapin toujours vert

et j’ai du chiendent d’achigan plein l’âme

tu es belle de tout l’avenir épargné

d’une frêle beauté soleilleuse contre l’ombre

ouvre-moi tes bras que j’entre au port

et mon corps d’amoureux viendra rouler

sur les talus du mont
Royal

orignal, quand tu brames orignal

coule-moi dans ta palinte osseuse

fais-moi passer tout cabré tout empanaché

dans ton appel et ta détermination

Montréal est grand comme un désordre universel tu es assise quelque part avec l’ombre et ton cœur ton regard vient luire sur le sommeil des colombes fille dont le visage est ma
route aux réverbères

quand je plonge dans les nuits de sources

si jamais je te rencontre fille

après les femmes de la soif glacée

je pleurerai te consolerai

de tes jours sans pluies et sans quenouilles

des circonstances de l’amour dénoué

j’allumerai chez toi les phares de la douceur

nous nous reposerons dans la lumière

de toutes les mers en fleurs de manne

puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang

tu seras heureuse fille heureuse

d’être la femme que tu es dans mes bras

le monde entier sera changé en toi et moi

la marche à l’amour s’ébruite en un voilier de pas voletant par les lacs de portage mes absolus poings ah violence de délices et d’aval

j’aime

que j’aime

que tu t’avances

ma ravie frileuse aux pieds nus sur les frimas de l’aube par ce temps profus d’épilobes en beauté sur ces grèves où l’été

pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs lorsque nous gisons
fleurant la lumière incendiée et qu’en tangage de moisson ourlée de brises je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale je roule en toi

tous les saguenays d’eau noire de ma vie je fais naître en toi les frénésies de frayères au fond du cœur d’outaouais

puis le cri de l’engoulevent vient s’abattre dans ta gorj

terre meuble de l’amour ton corps

se soulève en tiges pêle-mêle

je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi

avec la rumeur de mon âme dans tous les coins

je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang

haletant

harcelé de néant

et dynamité de petites apocalypses

les deux mains dans les furies dans les féeries

ô mains

ô poings

comme des cogneurs de folles tendresses

mais que tu m’aimes et si tu m’aimes

s’exhalera le froid natal de mes poumons

le sang tournera ô grand cirque

je sais que tout amour

sera retourné comme un jardin détruit

qu’importe je serai toujours si je suis seul

cet homme de lisière à bramer ton nom

eperdument malheureux parmi les pluies de trèfles

mon amour ô ma plainte

de merle-chat dans la nuit buissonneuse

ô fou feu froid de la neige

beau sexe léger ô ma neige

mon amour d’éclairs lapidée

morte

dans le froid des plus lointaines flammes

puis les années m’emportent sens dessus dessous je m’en vais en délabre au bout de mon rouleau des voix murmurent les récits de ton domaine à part moi je me parle que
vais-je devenir dans ma force fracassée ma force noire du bout de mes montagnes

pour te voir à jamais je déporte mon regard

je me tiens aux écoutes des sirènes

dans la longue nuit effilée du clocher de
Saintjacques

et parmi ces bouts de temps qui halètent

me voici de nouveau campé dans ta légende

tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges

les chevaux de bois de tes rires

tes yeux de paille et d’or

seront toujours au fond de mon cœur

et ils traverseront les siècles

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi

lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme

je marche à toi, je titube à toi, je bois

à la gourde vide du sens de la vie

à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud

à ces taloches de vent sans queue et sans tête

je n’ai plus de visage pour l’amour

je n’ai plus de visage pour rien de rien

parfois je m’assois par pitié de moi

j’ouvre mes bras à la croix des sommeils

mon corps est un dernier réseau de tics amoureux

avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus

je n’attends pas à demain je t’attends

je n’attends pas la fin du monde je t’attends

dégagé de la fausse auréole de ma vie.