ARBRES 1, 2, 3


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ARBRES I

Du monde confus, opaque des ossements et des graines ils s’arrachent avec patience

afin d’être chaque année plus criblés d’air

ARBRES II

D’une yeuse à l’autre si l’œil erre

il est conduit par de tremblants dédales

par des essaims d’étincelles et d’ombres

vers une grotte à peine plus profonde

Peut-être maintenant qu’il n’y a plus de stèle n’y a-t-il plus d’absence ni d’oubli

ARBRES III

Arbres, travailleurs tenaces ajourant peu à peu la terre

Ainsi le cœur endurant peut-être, purifie

Je garderai dans mon regard

comme une rougeur plutôt de couchant que d’aube qui est appel non pas au jour mais à la nuit flamme qui se voudrait cachée par la nuit

J’aurai cette marque sur moi de la nostalgie de la nuit quand même la traverserais-je avec une serpe de lait

Il y aura toujours dans mon œil cependant une invisible rose de regret comme quand au-dessus d’un lac a passé l’ombre d’un oiseau

Et des nuages très haut dans l’air bleu qui sont des boucles de glace

la buée de la voix

que l’on écoute à jamais tue

 

Philippe Jacottet

« JE PEINS LA LUMIERE QUI EMANE DE TOUS LES CORPS »


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« JE PEINS LA LUMIERE QUI EMANE DE TOUS LES CORPS »

1er septembre 1911

Tout ce qui est sorti de ma main ces deux ou trois dernières années, qu’il s’agisse de peinture, de dessin ou d’écriture, est censé « engager l’avenir ». Jusqu’à présent, je n’ai rien fait d’autre que de donner, et m’en trouve si enrichi que je suis obligé de continuer à faire don de moi-même. Si l’artiste aime son art par-dessus tout, il doit être capable de laisser choir son meilleur ami lui-même. Pourquoi suis-je resté loin de vous ? Certains, je le sais, donnent une réponse injuste à cette question, et vous devez croire que je fais la mauvaise tête. En réalité, je tâche de résister à toutes les agressions de la vie. J’aspire à tout connaître par expérience ; pour y parvenir, il faut que je sois seul, je n’ai pas le droit de me laisser amollir, mais je dois être dur, en me laissant guider par la seule pensée. — D’ores et déjà, je suis arrivé à différentes choses ; entre autres, certaines de mes peintures se trouvent à Hagen, en Westphalie, au musée Folkwang, ou chez Cassirer [un propriétaire de galerie] à Berlin, etc., ce qui me laisse froid, du reste. — Je sais que j’ai fait d’énormes progrès sur le plan artistique, je me suis enrichi de mille expériences, ai lutté sans trêve contre l’art « commercial ». […] Le peu que j’ai appris de psychologie au contact des « réalités » me permet d’affirmer ceci : les petits sont vaniteux, et trop petits pour pouvoir connaître la fierté, et les grands sont trop grands pour pouvoir être vaniteux. […] La chose la plus précieuse à mes yeux, c’est ma propre grandeur. — Suivent quelques aphorismes de mon cru :

Aussi longtemps qu’existent les éléments, la mort absolue sera impossible.

Qui n’est pas affamé d’art est proche de la décrépitude.

Seuls les esprits bornés rient de l’effet produit par une œuvre d’art.

Portez votre regard à l’intérieur de l’œuvre d’art, si vous en êtes capable.

Une œuvre d’art n’a pas de prix ; pourtant, elle peut être acquise.

Il est certain qu’au fond, les Grands étaient des hommes bons.

J’ai plaisir à le constater, ils sont rares, ceux-là qui ont le sens de l’art. — Signe constat de la présence du divin dans l’art.

Les artistes vivront éternellement.

Je sais qu’il n’existe pas d’art moderne, mais seulement un art, — qui est éternel.

Si quelqu’un demande qu’on lui explique une œuvre d’art, ce n’est pas la peine de répondre à son vœu : il est trop borné pour comprendre.

Je peins la lumière qui émane de tous les corps.

L’œuvre d’art érotique, elle aussi, a un caractère sacré !

J’irai si loin qu’on sera saisi d’effroi devant chacune de mes œuvres d’art « vivant ».

Le véritable amateur d’art doit avoir l’ambition de pouvoir détenir en sa possession aussi bien l’œuvre d’art la plus ancienne, que la plus moderne.

Une unique œuvre d’art « vivant » suffit à assurer l’immortalité à un artiste.

Les artistes sont si riches, qu’ils doivent se donner sans trêve ni relâche.

L’art ne saurait être utilitaire.

Mes tableaux devront être placés dans des édifices semblables à des temples.

 

 Egon Schiele

 

Aussi longtemps que l’ignorance de l’amour me crucifiera dans son arène, tête basse et cape d’épais coeur, j’irai nu, tel, authentique, lance en érection à la Femme, portant tête hôte, mes couleurs sans non d’emprunt – pantomimes allumeuses – que le lapin se doigte l’amor dans l’âme à l’ombre chinoise d’un théâtre scatophage…

Sans abdiquer

juvénile maturité, élan spontané, flair sauvage planté dans le boisé odoriférant de la yourte que l’homme moitié cheval que je suis chevauche à cru…

Egon se le dise…

 

Niala-Loisobleu – 1er Février 2018

 

Egon-Schiele-Sitzende-Frau-in-violetten-Strümpfen-1917-©Courtesy-Richard-Nagy-Ltd.-London

 

Espère et Tremble


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Espère et Tremble

par Jacques Réda

Bien avant le printemps parfois une chaleur étrangement

lourde
S’élève vers le soir à la corne du bois sans feuilles ou près

de la rivière,
Et rôde entre les chemins creux où brûle un résidu de

soufre.
Halo des milliers d’yeux des milliers de troupeaux qui

remontèrent
Des fonds troubles du temps vers ce qui fut le tumultueux

avenir.
Espère et tremble : qui s’approche ou s’efface encore au

détour,
Couronné d’herbe rude et d’un éclat de bleu plus vif À mesure qu’en bas la nuit dissout les reflets, les réponses
A la question déployée en ton cœur comme un drapeau ?
Espère et tremble au souffle chaud qui rôde ; espère et

tremble.

QUAND LA POCHE TEND SON CAILLOU


 

Anna Kapustenko 56

QUAND LA POCHE

TEND SON CAILLOU

 

Passerelle

tremblement du ballant

un singe peut aussi faire le pont

quand il ne reste plus de branches aux arbres

Dans les fougères à l’abri

la fraîcheur se tient tapie

un autre monde vît

au-dessus des affaires

nu intègre râle

bien à l’écart

Les fourmis se promènent sans culottes

les papillons sont topless

et sans chaussettes vont bon train les mille-pattes

comme les abeilles

qui jamais

bien que passant des montagnes

ne mettent de cache col

Un monde ailleurs

où le plus rien prospère

Reste toujours une fleur

que les boutonnières ignorent par bonheur

Vase au marais

ne cage jamais

les grenouilles sautent comme des lapines

sans glas pied

D’entre l’ajonc et l’iris

plus d’un nez d’air a pu fuir l’ô rayé

libre

à travers seins

et la couette des pores

que les soies et les martres m’aiment

au bout d’un manche nageant dans le bleu

poils

toilent

les mâts t’las pour tout sortir des lies

Gypse d’ongles sans vernis

l’étoc granite ses paumes

lieu où bar nagent à côté des aquariums

ronds comme des poissons-lunes

qu’un zinc a fait Petit-Prince un jour ou l’Antoine exaspéré des hommes

a choisi de les rejoindre au plus profond de l’ô

S’il est un voeu

qui serait-ce en deux hors de Toi ma Muse ?

Niala-Loisobleu – 15 Janvier 2018

L’Aqueux du Mickey ou l’ouverture à Découvertes


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L’Aqueux du Mickey

ou

l’ouverture à Découvertes

 

Marcs de café

Boire n’a jamais reprisé la chaussette

si l’amer t’hume

c’est inopportunément

garde ton sac de billes

et ta craie

puis le bord du trottoir

son caniveau

les grands départs

en bateau à voiles du grand bassin

des Tuileries

son Jeu de Paume

leurs Nymphéas

et les chevaux de bois

Avant de tirer le levier d’aiguillage

fais-toi l’aqueux du Mickey

puis appareilles grand-large

à la verticale de l’horizon

canopée

et arc-en-ciel grand pavois

mon Zoizo !

 

Niala-Loisobleu – 11 Janvier 2018

 

FREMISSEMENT MATINAL


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FREMISSEMENT MATINAL

Le domaine dans lequel j’évolue reste différent de ceux qui l’entourent. Les paysages partent des mêmes ingrédients, enfin c’est ce qu’il me semble, mais à l’arrivée beaucoup de choses changent en eux. La vitesse de transformation s’accélère, beaucoup de mouvements aériens élèvent le point de segmentation. Un enfant marche à côté d’un univers qui ne lui ressemble pas. Il s’arrête souvent, lève la tête pour se mettre à la taille des choses sans pour autant avoir la moindre envie d’y associer sa stature et ses signes extérieurs. Ce qui le marginalise, reste en dehors de toute nécessité de remise à niveau. Le blanc d’une petite fille l’accompagne partout. Si ce n’était le rose de sa vue, l’immaculé prendrait place sur tout ce qui constitue le fond. Innocence, pureté, des vertus qui n’ont pas à être inventées, elles sont innées dans mon périmètre non enclos. Le rire moqueur qui naît spontanément derrière cet aveu, est laissé accroché à la chaîne de la niche où il stagne. La petite-fille a fait un mouvement de vague avec sa chevelure, des papillons bleus y sont venus danser. Un vieux cheval de bataille, relis ses cicatrices pendant que la Muse l’accompagne à la guitare.Certains mots comme rancoeur, n’ont aucune place où s’asseoir et encore moins tenir debout. En revanche tout ce qui frémit trouve sa peau de fourrure au pied de l’âtre sienne. Un lieu imbécile disent des troupeaux qui ne font que passer. Certainement vrai suivant la loi du nombre. Pourtant l’unique de l’être et le nombre s’annihilent. Au coeur d’une poche à cailloux, un vélo suit les odeurs laissées par les traces animales. Le corps vibrant des amours donne sa place au sexe de la vie sans élucubrations préparatoires et inclusions de colorants. La sexualité végétale minéralise des chutes d’eau ascensionnelles. Voyages renouvelés dans une m’aime transparence quotidienne. L’enfant double, fille et garçon, n’a pas à recevoir de messages d’orientation pour hâler son chemin vers la Lumière. Ne me demandez plus de consignes pour vous aider, j’ai compris que vous êtes les seuls à pouvoir pourvoir pour vous. Mes lèvres ne sont pas pétrifiées, elles sont justes fermées à ce qui nuit au silence.

Niala-Loisobleu – 29 Décembre 2017