Quand parle la Pierre


Quand parle la Pierre

Tout autour de chez moi pas un caillou qui reste muet, surtout quand tu aimes les entendre conter…attention ils sont plus causeux que moi

N-L – 17/01/18

Un culte à Mithra à Chardonchamp (86)

août 14, 2008 at 9:47 (archéologie, divinités, histoire)

Les spécialistes semblent s’accorder sur un point: on a longtemps posé Mithra comme le rival de Jésus et les chances du mithriacisme étaient quasi équivalentes à celles du christianisme dans le grand match religieux qui les a opposés durant les premiers siècles de notre ère. On sait la propension du christianisme à « emprunter » les traits de ses rivaux qui étaient susceptibles de faire pencher la balance : récupération des anciens dieux païens à travers les attributs et fonctions des différents saints, mise en place du culte marial pour évincer la fidélité vouée à la Grande Déesse Mère, « christianisation » des mégalithes par adjonction de croix, érection des lieux saints ou lieux de culte sur des sites anciens sans parler des fêtes qui, toutes sans exception ont pris la place, parfois la symbolique et la finalité des anciennes fêtes païennes… C’est particulièrement vrai vis à vis du mithriacisme. Les deux sont des religions de salut à Mystères, la date de naissance du Christ, le 25 décembre, nuit la plus longue de l’année, est celle de Mithra. Comme Mithra, Jésus naît dans une grotte, d’une vierge, sorti de la pierre. Il semble que la croix fut un symbole mithriaque, de même que sont mithriaques la mitre et la crosse des évêques, le titre de pape, la tonsure des clercs. Il n’est pas jusqu’à la Cène qui soit clairement un emprunt aux Mithriastes qui consomment ensemble, le dimanche, jour du Soleil, le pain et le vin substituts de la chair et du sang du taureau sacrifié. 

Ethique

Mais qu’est donc le Mithriacisme ? Dans son « Parcours Païen », Christopher Gérard en dresse un exact aperçu:

« Mithra est un dieu indo-iranien,de la fidélité, de l’amitié et du contrat. Il symbolise l’harmonie personnelle, sociale et cosmique. La morale mithriaque est une morale solaire, une éthique de la lumière: amour de la vérité, fidélité à la parole donnée sont centraux. Il s’agit aussi d’une religion de l’énergie car Mithra vainc le taureau grâce à sa volonté inflexible et à la force de ses bras. Ce qui lui permet de restaurer l’ordre cosmique un instant menacé par les forces du chaos, du non-être et de la mort. Par la dexiôsis, l’étreinte des mains droites, Mithra scelle son alliance avec Sol. La main droite symbolise dans de nombreuses traditions, la puissance te la volonté. Il s’agit aussi ici d’un engagement, d’une parole donnée, à laquelle une fidélité sans faille est de mise. Le succès du Mithriacisme dans les milieux militaires surtout, mais également dans la haute administration et les milieux d’affaires peut s’expliquer par cette sacralisation du lien fraternel et indissoluble, garanti par un serment et gage de salut. La loyauté, la fides romaine, source de bonheur et de salut dans un monde difficile, ne pouvait que séduire l’esprit juridique et moral des cadres de l’Empire romain. Il y aurait d’ailleurs des recherches à faire quant aux liens entre éthique mithriaque et éthique féodale et/ou chevaleresque. Les points communs sont nombreux: exaltation de la notion de service, morale de l’action et de l’énergie, lutte contre le mal, nécessité de l’obéissance et d’une hiérarchie stricte, exaltation de l’honneur et de l’amitié, non point l’amour abstrait et universel des Chrétiens (et qui a pour corollaire obligé l’ingérence dans la vie de l’autre et la « correction fraternelle ») mais solidarité concrète à l’égard des membres de la phratrie ».

Un culte interdit

La région Poitou-Charentes est riche en sites en milieu souterrain: carrières, grottes et gouffres, habitats troglodytes et souterrains. Le souterrain qui nous occupe ici, situé au 14 de la rue du Temps Perdu à Chardon Champ (Migné Auxances) fut découvert en 1923, puis aussitôt refermé jusqu’en 1947. Comme de nombreux souterrains de même type, il est creusé très proche de la surface du sol et constitué principalement de couloirs avec aménagements divers qui appellent les questions. Sa fin de fréquentation ne doit pas remonter après le XIe siècle puisque les tessons de céramique qui ont été découverts dans l’escalier d’accès datent de l’an mil environ, ou peu après.

Depuis 35 ans, les archéologues n’ont pu avancer d’explication crédible à l’utilisation d’une telle cavité creusée de main d’homme. Il semble qu’il faille abandonner le classement dans les souterrains de refuge contre des agresseurs éventuels comme il en existe beaucoup, dans la mesure où les objets et autres obstacles rencontrés dans les couloirs, une fois la cachette découverte, ne pouvaient être que des inconvénients aussi bien pour l’assailli que pour l’assaillant.

Plus construite fut l’explication avancée en 2007 par deux frères dominicains, archéologues au Proche Orient, Jean Baptiste Humbert de l’école biblique de Jérusalem, qui dirige une mission archéologique à Gaza, et Manuel Maicas, qui s’intéresse aux civilisations et religions disparues: le souterrain aurait pu abriter un culte local à Mithra. Consultez avec intérêt le document fourni par les propriétaires.

A l’appui de cette thèse, une sculpture en haut relief présentant un taurobole au croisement de deux corridors même si l’endroit semble bien exigu pour avoir pu permettre le sacrifice d’un taureau. Cette représentation taurine est assez grossière et usée par les nombreux passages et le temps. Le torse et les pattes avant du bovin sont assez difficiles à saisir. Le mufle, érodé, présente du côté droit ce que l’on peut voir comme une corne et une longue oreille. S’il se peut que ce relief ne soit pas intentionnel et que la lecture en soit due au hasard, il n’en reste pas moins que la ferveur populaire a très bien pu y voir la face d’un taureau…

Comme toutes les religions païennes, le culte de Mithra a été officiellement interdit en 391 par Théodose au bénéfice d’un christianisme hégémonique dont les dévots martelèrent les figures de Mithra et ruinèrent les mithraea.

Mithra est une divinité indo-iranienne qui remonte au second millénaire av. JC. Son culte a été propagé dans l’empire romain, au 1er siècle, par des légionnaires de retour des frontières orientales de l’empire. La pratique de ce culte, toujours lié au rocher et à l’obscurité souterraine a laissé des vestiges un peu partout en Europe. Ce sont les mithraea plus ou moins construits sur le même modèle, même si celui de Chardon

Champ, très exigu ( on accède notamment à la salle où se trouve l’autel en rampant sur deux mètres et les banquettes sont séparées par une paroi de roc) rassemble le maximum de caractéristiques en un minimum de place…

Une religion de la crypte

Il faut savoir que le Mithriacisme est une religion de la crypte et le temple de Mithra est appelé « la tanière ». Il s’agira donc d’une grotte naturelle ou reconstituée (symbole du cosmos) qui servira de lieu de réunion et de salle à manger aux initiés.

Traditionnellement, un mithraeum est une salle de culte, allongée, d’orientation variable, que l’on atteint en descendant quelques marches depuis un vestibule d’entrée.

Le vestibule : un vestiaire, un coin cuisine et une sacristie. C’est aussi là que les candidats à l’initiation étaient informés, interrogés, puis soumis à diverses épreuves destinées à s’assurer de leur résistance à la chaleur, au froid, à la douleur et à la solitude dans l’obscurité. S’il réussit, le candidat doit encore prêter serment et reçoit le premier grade au sein de la confrérie.

La salle de culte est exigue. Elle est semi-enterrée, parfois souterraine, dépourvue de fenêtres. Son plafond voûté évoque le Ciel avec ses étoiles peintes. Deux longues banquettes, inclinées vers le mur, sont prêtent à recevoir les initiés, qui s’y allongent pieds vers le mur et visage tourné vers le mur du fond. L’icône de Mithra occupe le centre de ce mur du fond, au dessus d’un podium. Au milieu du large couloir séparant les banquettes, se dressent des autels, des statues de dieux divers, des braséros où brûle l’encens. L’éclairage est fourni par des lampes à huile.

Les plus anciens et les plus complets sont connus à Rome mais on en trouve aussi dans des endroits aussi éloignés que le nord de l’Angleterre ou la Palestine et beaucoup d’entre eux furent convertis en cryptes sous des églises chrétiennes. En Poitou Charentes, les vestiges ne sont pas rares, le Mithraeum d’Aubeterre-sur-Dronne, près d’Angoulême, sous l’église monolithe de Saint Jean. A Poitiers, la découverte au XIXe siècle d’une partie d’un autel taurobolique indiquait l’existence au IIe siècle d’un culte de Mithra. La sculpture de Poitiers est d’une excellente facture digne d’une grande ville à la romaine, tandis que celle de Chardon Champ, à même la roche et d’une relative médiocre qualité pour ce qu’on peut en juger, témoignerait d’une manifestation populaire.

Survivance tardive

La fréquentation du souterrain remonte donc semble-t-il au IIIe et IVe siècles, époque à laquelle le Mithriacisme était très répandu et pas simplement au XIe. Il est intéressant de noter d’ailleurs qu’à la même époque, moins d’un siècle avant que la chape de plomb du christianisme ne s’abatte, on assistait aussi à une résurgence des traditions indigènes les plus anciennes : on peut citer à l’appui de cette thèse, le sanctuaire dédié à Mithra à Mackwiller dans le Bas Rhin qui fut en partie ruiné à la fin du IIIe siècle et au lieu d’être reconstruit fut remplacé alors par un « sanctuaire de source », construit sur un plan indigène, l’ancien dieu gaulois reprenant toute la place en un lieu qu’il n’avait probablement jamais abandonné.

Il serait instructif de chercher à quelle population ce souterrain a pu servir. Dans les proches environs, il y avait de vastes installations gallo-romaines et certains habitants de l’époque ont du être gagnés par des religions nouvelles. On peut tout aussi bien envisager qu’à défaut d’un culte en référence précise à Mithra, il y ait eu, dans les campagnes, des pratiques dérivées, dans des anfractuosités naturelles ou non (c.f. La balade païenne à Angles sur l’Anglin). Quoi qu’il en soit, nous sommes ici confrontés à la survivance tardive d’un culte issu de celui qui fut dédié à Mithra jusqu’à la fin du IVe siècle et dont la population locale de Chardon Champ aurait encore eu connaissance au Moyen Age et jusqu’au XIe siècle, démontrant s’il en était besoin la vitalité des traditions païennes.

Le souterrain peut être visité gratuitement sur simple demande auprès de ses propriétaires. Pour des raisons de sécurité, l’accès est limité à sept personnes. L’accueil est charmant et enthousiaste, les chats sont fournis en accompagnateurs bénévoles, et avec un peu de chance vous croiserez le résident permanent.

Contact: Lucette et Jean Galland, 14 rue du Temps-Perdu, Chardonchamp (Migné-Auxances), tél. 05 49 51 75 35 ou 06 20 15 77 75.

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Etude des traditions non écrites

août 10, 2008 at 11:28 (archéologie, druidisme, Généralités, paganisme, vie quotidienne)

Toute renaissance du druidisme est impossible, selon le professeur Guyonvarc’h, spécialiste en la matière s’il en fut, parce que, d’une part, la langue sacrée qu’employaient les druides a disparu et d’autre part, que la société celtique indépendante à laquelle la figure du druide était liée, n’existe plus non plus … On voit tout de suite que nous ne parlons pas de la même chose … le professeur Guyonvarc’h parle de « sa » spécialité, c’est à dire du druidisme vu à travers la lorgnette universitaire réductrice , du druidisme envisagé dans sa définition sacerdotale, c’est à dire d’un « corps » de sacerdotes et de son rôle dans les domaines tant religieux, que savants, philosophiques, économiques ou politiques… on ne voit pas dans cette « définition » la moindre trace de ce que j’appellerai « paganisme vécu » mais une sorte d’inventaire froid et sans vie, de simples fiches signalétiques sur des hommes (et peut être des femmes) dont, effectivement, nous n’avons plus grand chose à faire, si ce n’est à nous y intéresser d’un point de vue historique… Il n’a jamais été dans nos propos ni dans nos voeux de restaurer ce druidisme académique là, mais bien plutôt de vivre nos croyances païennes d’enfants de la terre Celte comme auraient (peut être) pu la vivre nos ancêtres si le monothéisme n’avait imposé sa chape de plomb depuis des siècles.

Considérer que toute « restauration » du paganisme celte est impossible est donc, à mon sens, le premier écueil à éviter. Le second se trouve à l’autre extrême et consiste à se dire que, le paganisme étant par essence adogmatique, on peut faire à peu près tout ce qu’on veut, « n’écouter que son ressenti » (ce qui me fait bondir … ) et, suivant une terminologie complètement aberrante, « se construire sa propre tradition » en venant remplir selon son humeur, son caddie aux rayons du super marché de la spiritualité.

On pense ce qu’on veut d’Alain de Benoist, c’est pourtant lui qui a écrit ces mots qui forment une ligne directrice aussi cohérente qu’ enthousiasmante…: « « Le paganisme aujourd’hui ne consiste pas à dresser des autels à Apollon ou à ressusciter le culte d’Odhinn. Il implique par contre de rechercher, derrière la religion, et selon une démarche désormais classique, l’« outillage mental » dont elle est le produit, à quel univers intérieur elle renvoie, quelle forme d’appréhension du monde elle dénote. Bref, il implique de considérer les dieux comme des « centres de valeurs » (H. Richard Niebuhr), et les croyances dont ils font l’objet comme des systèmes de valeurs: les dieux et les croyances passent, mais les valeurs demeurent. C’est dire que le paganisme, loin de se caractériser par un refus de la spiritualité ou un rejet du sacré, consiste au contraire dans le choix (et la réappropriation) d’une autre spiritualité, d’une autre forme de sacré. Loin de se confondre avec l’athéisme ou l’agnosticisme, il pose, entre l’homme et l’univers, une relation fondamentalement religieuse – et d’une spiritualité qui nous apparaît comme beaucoup plus intense, plus grave, plus forte que celle dont le monothéisme judéo-chrétien se réclame. Loin de désacraliser le monde, il le sacralise au sens propre, il le tient pour sacré – et c’est précisément en cela, qu’il est païen. »

Il n’est pas question de refaire l’histoire , « réinventer des dieux, à la manière antique », est impossible. Retrouver le paganisme tel qu’il était ? je ne vois pas comment cela serait possible et je ne sais même pas si ce serait souhaitable (d’autant plus qu’il devait y avoir autant de « variantes » que d’ »écoles » et « tendances »…) en revanche, il est possible, j’en suis certain, de retrouver le paganisme tel qu’il aurait pu devenir… Nous ne voulons pas reconstruire à l’identique, nous voulons forger les outils qui nous permettront de vivre notre foi de manière cohérente. Malgré tout ce qu’on a pu dire de la tradition orale il est faux de prétendre qu’on a tout perdu de l’enseignement des druides: les découvertes archéologiques et leur interprétation, le comparatisme avec les textes irlandais et gallois débarrassés de leurs scories chrétiennes, et le recours à l’hindouisme et autres traditions indo-européennes peuvent nous donner de sérieuses pistes pour une sorte de reconstructionnisme basé sur un archéo futurisme intelligemment pensé … retrouver les dieux locaux, je pense que c’est réellement possible et (re) construire « en respectant l’esprit des Anciens », je suis certain que ça l’est aussi…

Une des méthodes, non exclusive, utile à l’apprenti « re-constructionniste » et qui est l’une de nos finalités, à la Main Rouge, est l’étude des traditions non écrites…

Que faut-il entendre par « traditions »? On laissera la parole à Etienne Renardet (« Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine ») qui répondra bien mieux que je ne saurais le faire moi même:

« la Langue . Elle sert à exprimer les idées, les besoins, les sentiments d’un groupe social, à transmettre les connaissances, à communiquer. Elle est donc un support privilégié de la culture.

La linguistique permet de déterminer la présence et les mouvements d’une civilisation. Elle reste imprécise dans le domaine du temps.

Les Habitudes. Généralement elles relèvent de la bienséance. Leur origine est parfois difficile à ,déterminer. Si l’on se découvre devant une personne à qui l’on doit le respect ou que l’on veut honorer, c’est que la coiffure était signe d’autorité. Tendre la main droite manifeste que l’on est désarmé. Offrir des voeux au Nouvel An se faisait déjà à l’époque néolithique, etc. Toutes les habitudes ont à l’origine une signification symbolique ou une raison pratique. Elles ont acquis un statut conventionnel. Par exemple les hommes laissent les femmes passer devant eux, ils offrent leur bras gauche, sauf s’ils sont militaires (à cause du sabre), le maître de maison verse quelques gouttes de vin dans son verre avant de servir ses invités. Ces habitudes s’expliquent mais il n’en est pas toujours ainsi.

Les Coutumes. Elles se rapportent aux activités ou aux cérémonies. Elles composent des sortes de rituels domestiques, professionnels, religieux, festifs. On les classe dans la discipline nommée folklore. Celui ci a entrepris de nombreuses enquêtes pour recueillir les rites attachés aux diverses circonstances de la vie sociale. Fort heureusement, on a rassemblé avec le plus grand nombre de détails possibles les pratiques effectuées lors des mariages, des naissances, des enterrements, des fêtes… Ainsi possède-t-on déjà une riche documentation qui éclaire le comportement social.

Les Dictons, Maximes, Proverbes. Les uns ont une portée morale, d’autres ont valeur de conseil ou simplement d’indication, d’autres encore se rapportent aux prévisions météorologiques (ce mot seul est indicatif). L’étude de ces formules lapidaires est fort instructive quant à la mentalité, le comportement et les règles de vie d’autrefois.
De nombreuses études ont été entreprises mais la chronologie mériterait d’être approfondie.

Les Contes, fables, légendes, anecdotes se rapportant à des personnages ou des évènements historiques. Ce domaine a été largement exploré par les historiens. Les travaux récents exploitent cette source de documentation non seulement pour mieux connaître les biographies et les faits, mais aussi pour pénétrer dans le domaine des us et coutumes et des courants sociologiques.

Les Contes, légendes et dictons se rapportant à un site ou un objet déterminé. Ce domaine est celui qui nous intéresse particulièrement car il est à peu près inexploré. Des auteurs, depuis peu de temps du reste, signalent à propos d’un site les traditions qui s’y rapportent. Mais à notre connaissance, il n’existe pas d’études systématiques et comparatives d’envergure.
Pour étudier cette documentation, il convient avant tout d’en recueillir les éléments aussi fidèlement et complètement que possible. D’autre part on ne doit pas négliger qu’ils ont avec les autres sortes de traditions des liens plus ou moins étroits qu’il convient d’établir et d’analyser. Enfin, les traditions sont une matière vivante. Contrairement aux vestiges archéologiques témoignant avec précision de l’époque à laquelle ils appartiennent, les données traditionnelles sont en perpétuelle évolution. Il importe de déterminer les phases de leurs mutations et leurs formes successives. C’est ce que André Varagnac appelle la stratigraphie des âges.

Comme on le voit ce domaine comporte une multitude de composantes d’une très grande richesse. Mais leur étude suppose une rigueur dans la recherche et une méthode adaptée. Nous appliquons la méthode suivante:

Analyse des Composantes.

Il convient tout d’abord de déterminer le noyau central de la tradition qui présente une permanence. Ce noyau se rapporte à des réalités psychologiques de la nature humaine: les archépsychés. Leur essence n’apparaît pas au premier abord, c’est donc plutôt leur permanence qu’on recherchera.
Puis, on examinera les composantes au moyen des apports en tenant compte du cadre culturel et des habitudes de l’époque considérée, des contingences économiques, politiques, sociales. Des comparaisons avec les modifications constatées pour la même période sur des tradition, écrites ou orales, sur l’art, les moeurs, faciliteront cette étude.

Confrontation des traditions entre elles et avec les autres agents.

Des confrontations destinées à vérifier des hypothèses et même des rapprochements systématiques sont à faire. Ces confrontations sont indispensables non seulement pour permettre la compréhension des traditions mais aussi pour que l’interprétation que l’on propose soit crédible.

Interprétation.

Nous avons vu que les objets archéologiques pouvaient être datés parfois avec précision. Il en est de même des faits historiques qui, après critiques, ont de grandes chances de se présenter comme authentiques. Mais en raison même de leur caractère instable, les traditions ne sont susceptibles de refléter que des courants d’idées, des tendances, des orientations de croyances ou de pratiques.

La première démarche du chercheur consiste à se départir autant que possible de ses propres cadres de références. Il est évident qu’une telle attitude n’est pas pleinement réalisable. Il importe à tout le moins d’y tendre.

Puis on recherchera les cadres de la population considérée en s’efforçant de découvrir sa culture, celle ci étant composée du fonds antérieur, des acquisitions, du genre de vie, des pressions et réactions.

Contrôle.

Sachant que l’interprétation est nécessairement marquée par la personnalité de celui qui la présente et de l’incertitude des documents, un contrôle s’impose. Il portera sur la remise en question des conclusions, si attrayantes soient-elles et sur la comparaison entre diverses propositions. Ainsi obtiendra-t-on confirmation des hypothèses qui ne seront retenues que lorsqu’une convergence aura pu s’établir par rapprochement, comparaison, similitude et opposition.

Une telle méthode est longue à appliquer. Elle s’impose pourtant à celui qui veut étudier consciencieusement les traditions ».

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Légendes fantastiques de la Vienne

mai 14, 2008 at 4:38 (contes et légendes, livres)

L’auteur, Eric Nowak, a déjà collationné les « légendes relatives aux êtres fantastiques charentais » puis les « légendes fantastiques de Berry, Touraine et Sologne ». Né dans la Vienne en 1964, l’idée lui est tout naturellement venue de faire la même chose pour son département d’origine. Ayant à faire à rude concurrence avec l’incontournable « Vienne légendaire et mythologique » de Robert Mineau, Lucien Racinoux et Yves Bernard Brissaud (coédition Librairie Ancienne Brissaud/Geste éditions), il s’est d’abord lancé dans une recherche sur le terrain qui lui a permis de voir ce qui restait encore ancré dans les mémoires locales, de recueillir ça et là des variantes des légendes déjà collectées et d’en découvrir éventuellement des nouvelles.
Les légendes qui sont présentées tout au long de ces pages sont la plupart du temps attachées à des lieux , à des monuments de la région, et mettent souvent en scène des êtres fantastiques. Ce sont les derniers vestiges d’une mythologie régionale ancestrale puisant aux sources indo-européennes et pré chrétiennes de notre civilisation, portion méconnue mais passionnante de notre patrimoine culturel régional que, nous aussi à la Main Rouge, nous nous efforçons de restituer. Ce livre vient à point nommé pour faire revivre le peuple poitevin des anjhes, babeuilles, bèlues, bigaudes, bigaures, bigornes, bissêtres, bonhommes, etc. qui ont accompagné, au fil des siècles, la vie de nos ancêtres.
Eric Nowak: « Les Légendes Fantastiques de la Vienne ». Geste Editions.

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Beltaine – Belotenedos

mai 3, 2008 at 1:38 (divinités, fêtes, symboles)

Beltaine

Beltaine ou Belotenedos (en celtique ancien). Les avis sont partagés sur l’étymologie des mots. Si l’on peut voir « Belo » comme « celui qui tue », et « tenedos » comme « feu et ténèbres », selon Xavier Delamarre, dans son « dictionnaire de la langue gauloise », Belenos comme Belisama seraient à rapprocher effectivement de la racine « belo » qui, là, correspondrait à « force, fort » et l’appellatif Belisama serait donc à comprendre comme « la très puissante » et Belenos comme « le Maître de Puissance ». jan de Vries, lui, rapproche l’élément « bel » de la racine indo-européenne « Guel », « briller », tandis que pour Le Roux et Guyonvarc’h, « Bel » est « la lumière » et « teine », « le feu ». Belisama serait donc « la très brillante ». Selon eux, la racine indo-européenne « bhel » insiste, en celtique, sur la notion religieuse de « lumière vive, éclat lumineux » alors que les autres branches i.e. se contentent de la simple notion de « pâleur, blancheur » (ce qui curieusement, pourrait nous rapprocher de la lune). Beletonedos, ou Beltaine serait donc littéralement « le feu de Bel », de Belenos qu’on peut prendre comme un visage de Lug (certains auteurs comme Raimonde Reznikov nous signalent qu’ils sont parfois interchangeables) sous son aspect de lumière sans être pour autant le soleil lui même mais l’Esprit Solaire dont le soleil est l’organisme visible.
Belotenedos nous apparaît donc comme une fête du Feu et des Druides, maîtres du Feu et des éléments atmosphériques, et les différents sens donnés au nom de la fête semblent aisément superposables et se renforcer les uns les autres.

Protection et fécondité

Le Feu abolit la nuit et donc la période sombre de l’année ce qui fait de beltaine une fête à caractère solaire. Du feu et par extension du soleil, on attend la chaleur et la luminescence nécessaires pour faire lever les grains ensevelis et assurer, par leur floraison, une vie nouvelle.

Le rayonnement solaire et l’énergie du Feu (qui est, bien entendu, le symbole terrestre de l’Energie) font naître la vigueur dans les reins des bêtes comme dans ceux des hommes. Car le feu présente aussi un aspect nettement sexuel, « par le caractère fécond propre à la régénération, par la chaleur qu’il dégage et que l’on associe à la passion et à la sensualité ou, encore, par le frottement de deux corps nécessaire à l’obtention de la première flamme » (Marion Dufour : « la magie de la femme celte »).
Par ailleurs on demandait à l’esprit du feu de protéger les cultures et les animaux, d’apporter la victoire aux guerriers, et de donner l’inspiration aux Druides.
Sans oublier que c’est aussi par un grand feu les empêchant de revenir en arrière que les Tuatha détruisirent leurs bateaux après avoir débarqué en Irlande un jour de Beltaine (ce qui souligne encore l’aspect « commencement » de la fête).
Etant la richesse principale des Celtes, l’usage était de faire passer le bétail entre deux grands feux purificateurs afin de préserver les animaux durant l’année avant, dès le lendemain, de les conduire dans les pâturages d’été. Sur la nature des deux feux , les interprétations varient : il pouvait s’agir du Feu de Belenos et du Feu de Belisama, ou bien du Feu du Soleil et du Feu de la Lune, mais le caractère purificateur reste indiscuté.
On recherchait aussi en général les bénédictions protégeant les maisons, les cultures et le bétail. Et c’était aussi un temps privilégié pour la cueillette de certaines plantes médicinales ou protectrices comme l’ortie.

L’opposé de Samonios

Pour satisfaire au principe selon lequel chacune des fêtes celtiques a son pendant symétrique, son opposé polaire, son vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard, Beltaine est le pendant lumineux de Samonios, le début de la saison claire et de l’été, alors que le second débutait la saison sombre et l’hiver. Le Roux et Guyonvarc’h, là encore, verraient « volontiers dans Bel(enos) un surnom de Lug vu dans son aspect de lumière, opposé symétriquement au Lug de Samain préparant, dans la chaleur et la lumière des festins, à l’hiver et à l’obscurité ».
Au niveau rituel, correspondant à la dichotomie de l’année partie claire/partie sombre, nos ancêtres précipitaient un arbre tête en bas dans un puits (avec feuilles et racines) avec des armes sacrifiées et des offrandes, avant de le combler, qui était probablement le reflet de l’Arbre de Mai planté (tête en bas) pour relier la Terre au Ciel (Axe du Monde).
Beltaine débute aussi la saison guerrière (chasse, guerre, conquête) comme Samonios correspondait à la fin de cette saison. Ces deux fêtes correspondent aux principaux faits de la mythologie irlandaise : la seconde bataille de Mag Tured, l’accouplement du Dagda et de la Morrigane, la mort de Cuchulainn pour Samonios, et pour Beltaine, l’arrivée de tous les habitants de l’Irlande et notamment des Tuatha De Danann.
Au niveau du calendrier agraire, Samonios est le temps où l’on rentre les troupeaux pour l’hiver, Beltaine où on les sort pour les mener aux pâturages. Le premier correspond au début du temps des veillées, le second au temps des corvées champêtres.
Il est donc évident que Beltaine est donc une fête du commencement et de changement du rythme de vie : « du rythme hivernal, on passe au rythme estival et l’on pare au mieux aux risques multiples du passage » (Le Roux- Guyonvarc’h).

Beltaine et le Taureau

Le signe astrologique du Taureau (l’Auroch des traditions protoceltiques ?) règne sur Beltaine. Outre qu’il représente la puissance des forces naturelles, le sensualisme, la volonté, le sens de la beauté et l’amour, épanouit et concrétise les promesses du signe précédent. C’est à dire qu’il correspond dans la nature, à la condensation de l’élan du Bélier, la matérialisation des forces créatrices qui se concrétisent dans l’abondance des formes. C’est la seconde tranche du printemps, de la végétation massive et de l’apparition des premiers fruits. En analogie avec le bovin, c’est un rythme qui est à la lenteur et à la stabilité par la lourdeur, l’épaisseur et la densité de la matière. Mais cette incarnation est particulièrement riche et s’assimile à la Terre nourricière, à la Mère Nature, féconde par excellence. C’est aussi la paix, la joie de vivre dans l’épanouissement des sens et l’on sait que le signe est gouverné par Vénus : sous son aspect « fertilité virile », on peut aussi honorer Kernunnos lors de Beltaine.
Car le Taureau est un symbole de fécondité et Beltaine est une fête de la Fertilité, ce que démontrent les traditions de l’Arbre de Mai, Axe du Monde, mais aussi symbole phallique, et de la Reine de Mai. En Grèce, le taureau était consacré à Dionysos, dieu de la virilité féconde. Le dieu Védique Indra est aussi assimilé à un taureau : c’est lui que les hommes de guerre invoquaient avant le combat (cf. Beltaine, début de la saison guerrière) et le sens originel de son nom semble être celui de « puissance, force » (cf. étymologie de Belotenedos).
Le taureau Indra est aussi rattaché au symbolisme de la fécondité mais il est aussi l’emblème de Shiva et à ce titre il symbolise par ailleurs le Dharma (appelé Dedma par les Celtes), ou loi du bon ordre de l’univers. S’arrêter là serait faire peu de cas de l’extrême richesse symbolique du taureau : on pense aussi au taureau de Mithra, aux taureaux brun et blanc, de l’Ulster et du Connaught, au taureau aux trois cornes et au taureau aux trois grues dont le sacrifice, s’il faut en croire l’interprétation de J.J.Hatt, permettra le retour de la déesse Rigantona à laquelle s’unira Esus au moment de Beltaine, etc.
Le « dictionnaire des symboles » précise : « toutes les ambivalences, toutes les ambiguités existent dans le taureau. Eau et Feu : il est lunaire (Sirona) en tant qu’il s’associe aux rites de la fécondité ; solaire par le Feu de son sang (Belenos-Belisama) et le rayonnement de sa semence ».

Sur Belenos

Si Belenos est une divinité solaire, il est avant tout l’esprit solaire et non le soleil physique qui est plutôt considéré comme son corps ou comme son véhicule.
Belenos représente le principe de la Lumière (« jeune dieu aux boucles d’or »). Il représente aussi la force de l’homme jeune (« fils chéri de la Grande Déesse » -déesse dont Belisama est l’une des personnifications) mais il est avant tout, à mon sens, l’Harmonie et la Beauté sous toutes ses formes. Il a intégré tous les contraires, le conscient et l’inconscient, le masculin et le féminin (Belenos/Belisama), le soleil et la lune, le feu et l’eau (Sirona). Hécatée d’ Abdère (300 av. JC) rapportait : « Apollon se rend dans l’île (où se trouve un curieux temple de forme circulaire consacré au dieu solaire) tous les 19 ans lorsque le soleil et la lune sont alignés l’un sur l’autre ».
Analogiquement à ce qui se réalise alors dans la nature, à savoir la fusion de toutes les polarités, Belenos symbolise le processus alchimique d’union et de combinaison des différents éléments du moi pour parvenir à la totalité (et il peut nous aider dans notre quête de cette union : pour trouver la Lumière il importe au préalable de l’allumer en soi. Qui mieux que lui pourrait nous y aider ?)
Imbolc correspondait symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutissent, lors de Beltaine, à la Renaissance dont le dieu Belenos est le maître.
Par ailleurs, si l’on considère le soleil comme l’image emblématique de la loi, de l’ordre, de la régularité et de la stabilité , de la force et de l’énergie, Belenos serait donc l’un des principaux garants de la Dedma (mais il est vrai que toutes les divinités sont garantes de la loi du bon ordre de l’Univers…)

Feu et Eau

Belenos peut être associé à Belisama, la Très Rayonnante ou la Très Puissante, qui est, entre autres, une déesse guerrière et guérisseuse, patronne des forgerons et maîtresse du Feu, et qui peut être son épouse, sa sœur ou sa mère… Quoi que principe solaire au féminin, elle correspond aussi à la Pleine Lune et symbolise la maturité et l’épanouissement (et par extension, à la période de développement « extérieur » de la personnalité et de l’individualité).
On peut aussi lui associer Sirona, représentant l’astre lunaire, pour former une « dualité lumineuse à la manière d’Artémis et Apollon » (RJ Thibaud : dictionnaire mytho symbolique celte). Cette association peut encore être renforcée par le fait que si Belenos, le guérisseur, est à l’origine du jaillissement des sources bienfaisantes, Sirona est celle qui protège les fontaines…
Car on sait que l’Eau et le Feu, bien qu’antagonistes, sont aussi complémentaires : l’eau principe passif et humide, opposé au principe actif et sec du feu, est associée à la lune, à l’inconscient et au rêve, tandis que le feu évoque le soleil, le conscient et l’activité, ce qui renvoie au couple ciel et terre et à la fécondité. On se rappelle aussi que ces deux éléments sont symboles de purification et qu’ils jouent tous les deux un rôle fondamental dans les rites d’initiation.

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mégalithes dans la Vienne

avril 22, 2008 at 9:01 (archéologie)

(sources : « Inventaire des Mégalithes de France. La Vienne ». Pautreau/Mataro I Pladelasala. Association des Publications Chauvinoises)

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Sanxay antique : le livre

avril 3, 2008 at 5:21 (livres)

Le n° 25 de la collection des Guides archéologiques de la France, consacré au grand sanctuaire rural gallo-romain de Sanxay, dans la Vienne, était épuisé depuis longtemps. Une nouvelle édition, réactualisée, paraît aux Editions du patrimoine – Centre des monuments nationaux :

« Sanxay antique » Pierre Aupert, Jean Hiernard, Myriam Fincker 120 pages. 130 illustrations 18 €

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Le mystérieux site de Sanxay avec son temple, son théâtre et ses thermes, a fait l’objet, dès les premières fouilles archéologiques, de nombreuses interprétations parmi les savants : lieu de réunions, de pèlerinage, de spectacles ?

L’existence d’un temple à double cella transformé en thermes munis de grands bassins caractéristiques des établissements d’hydrothérapie, de même que la source et les galeries semi enterrées du grand temple conduisent à penser qu’il s’agissait d’un lieu de cure thermale placé sous le patronage peut être d’un couple, au moins de plusieurs divinités,

Comme tous les autres sanctuaires des eaux connus en Gaule, ce lieu, au caractère indéniablement religieux, devait attirer de nombreux consultants de l’oracle, des patients et des fidèles venus de la campagne environnante.

Les habitants de la vallée s’y réunissaient en outre pour célébrer les fêtes liées aux cultes des divinités , pour assister aux liturgies et aux spectacles offerts dans le théâtre et pour participer aux banquets qui accompagnaient ces diverses manifestations : Sanxay était aussi un important centre d’information, d’échanges et de divertissement.

Une sorte de « parcours initiatique » est proposé dans cet ouvrage grâce à un texte d’une haute tenue scientifique, agrémenté de nombreuses illustrations en couleurs, de magnifiques photographies aériennes, de reconstitutions, de plans ou encore de gravures anciennes.

Il raconte tout d’abord l’histoire des recherches et des découvertes archéologiques, permettant ainsi au lecteur de suivre les archéologues tout au long de leur enquête. D’autres chapitres sont consacrés à la description et à l’étude approfondie des monuments eux-mêmes : le théâtre, le sanctuaire des eaux curatives, mais aussi deux temples uniques dans l’architecture de l’Empire romain : le temple à double cella et le fameux temple octogonal. Un chapitre présente enfin les objets découverts sur le site et qui sont conservés aujourd’hui au musée Sainte-Croix de Poitiers. Les auteurs livrent, à travers cet ouvrage, la synthèse la plus minutieuse et la plus aboutie sur l’état général de la connaissance historique, archéologique et monumentale du site de Sanxay, depuis les premières fouilles menées au XIXe siècle par le père Camille de La Croix jusqu’à nos jours.

Chronologie, bibliographie et glossaire prennent place à la fin de l’ouvrage.

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construction d’un tumulus

avril 2, 2008 at 5:12 (archéologie, civilisation)

En réponse à de nombreuses questions, on ne peut guère que formuler des hypothèses… « Comment étaient construits les tumulus » est une de ces questions sur lesquelles on ne peut faire que butter car les faits sont là : on connait de mieux en mieux le mégalithisme mais l’archéologie n’a pu, encore, apporté de réponses certaines quant aux techniques qu’ont utilisées les hommes de cette époque pour construire de telles structures.
Pour les peuples européens, le culte des morts tient une grande place dans la vie quotidienne et religieuse puisqu’ils considèrent que ces derniers sont encore présents parmi les vivants et qu’ils sont les dépositaires d’une force bien supérieure à la leur. Ce culte est essentiellement déterminé par la croyance selon laquelle toutes les formes d’existence, des hommes, des animaux et même des produits de la terre sont, d’une manière ou d’une autre, influencées par les ancêtres défunts. Si les chrétiens plus tard, prieront POUR les morts, nos ancêtres païens priaient DIRECTEMENT les morts, ce que leur reprochera avec force saint Augustin.
Lors des enterrements, en général collectifs, on offrait habituellement aux défunts des biens d’usage courant que l’on disposait dans les tombes avec les cadavres. Puis, au cours du rituel funéraire, on brûlait d’autres biens qui allaient suivre l’âme du défunt dans le royaume des morts.
Si ce culte des défunts et des ancêtres prend de l’importance au mésolithique, car il faut entrer en contact avec eux pour s’assurer leur protection (et ce sont les sorciers prêtres de ces tribus, les Chamans, qui servent d’intermédiaires entre les hommes et les âmes des ancêtres), il acquiert une importance fondamentale au néolithique avec l’affirmation de l’agriculture et de la sédentarisation. En effet l’observation du mystère du cycle mort et renaissance de la végétation influence les croyances sur la vie post mortem et les croyances en une vie après la mort et l’idée selon laquelle les défunts ont un moyen d’exercer une influence sur le monde des vivants se renforcent.
Le développement et la diffusion de l’agriculture au néolithique a fait glisser un rapport qui reliait l’homme à l’animal (qui prédominait au temps des chasseurs du paléolithique) à un rapport reliant l’homme à la végétation. C’est de cette époque que datent les fêtes saisonnières liées au cycle de la végétation et les mythes qui intègrent la mort, puis la renaissance d’une divinité. La liaison entre la fécondité féminine et la fertilité de la terre devient alors un élément fondamental et l’association qui apparait primordiale est celle de la Mère et de la Terre. Il faut souligner le fait que l’essentiel des mythes du néolithique dérive de l’agriculture. Les cultes de la fertilité, de la femme comme de la terre, les mystères de la naissance, de la mort et de la renaissance qui s’illustrent grâce aux rythmes des saisons et de la végétation sont des valeurs qui s’articulent progressivement.
L’hommage à la Grande Déesse et sa célébration privilégiait la vie féconde et toujours renaissante par le biais du culte des morts que l’on réintégrait dans les matrices telluriques qu’étaient les sépultures mégalithiques. Car les menhirs et les ensembles mégalithiques sont des centres cérémoniels en laison avec le culte des morts en même temps que/ou des observatoires astronomiques. Les dolmens, eux, et les tumulus qui sont des reconstitutions des grottes initiatiques magdaléniennes, sont des sépultures funéraires et les constructions mégalithiques des sites religieux et funéraires.
La Terre mère est la Grande mère, la Déesse mère, qui personnifie l’énergie féminine et terrestre distribuant la vie en abondance, qu’elle soit humaine ou végétale, et à son culte s’associe celui rendu aussi à l’eau, à la lune, à la femme et à la fécondité.
La religion des Mégalithiens serait donc une religion cosmique centrée sur la rénovation périodique du monde, et à côté de ce symbolisme féminin apparait aussi un élément masculin très souvent assimilé au taureau qui permettra progressivement au culte du Ciel protecteur d’être associé à celui de la Terre mère.

Pour en revenir à la construction des tumulus, l’archéologie expérimentale s’occupe à tester des théories relatives aux méthodes d’extraction, de traction et d’érection des plus gros blocs de pierre constitutifs des monuments. Ainsi les reconstitutions qui vont suivre, illustrent trois étapes d’une construction d’un même dolmen et de son tumulus à partir d’une des hypothèses actuelles.
Elles ont pu être réalisées grâce au concours scientifique de Jean Pierre Mohen, Roger Joussaume, Luc Laporte et Bertrand Poissonier et sont présentées dans l’enceinte du parcours de découverte du musée des Tumulus de Bougon (Deux Sèvres).

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La construction du monument commence par la mise en place de la chambre funéraire: les piliers du dolmen sont en cours de positionnement. Une petite fosse de quelques dizaines de centimètres reçoit un pilier dont la base sera stabilisée par un blocage de pierres. Des expérimentations ont permis d’observer qu’il était possible d’ériger des dalles à l’aide de cordages, de trépieds en bois et parfois d’échafaudages et de leviers.
Un premier cercle de pierres vient épouser les piliers érigés pour les maintenir alors que les autres blocs viennent combler les vides laissés. Enfin le tumulus qui englobe tout le dolmen est déjà en partie délimité par son parement externe.

bougon-2-2008-073.jpg Le dolmen est pratiquement terminé. Il est entièrement entouré de sa « chemise » de pierres épousant les piliers. Le parement externe du tumulus est en partie construit. Un système de cloisons forme une résille de cellules remplies de terre et de pierres ce qui permet de maintenir la masse du monument. Il ne reste qu’à poser la dalle de couverture.
Ici, l’intérieur du dolmen a été complètement rempli de pierres sur lesquelles sont posés des piliers de bois. Une fois la dalle en place, le dolmen est vidé depuis son couloir. Mais d’autres systèmes sont envisageables, notamment des rampes de terre s’appuyant (ou non) sur le tumulus.

bougon-3-2008-078.jpg Le monument est proposé dans son état final. Le tumulus englobe totalement le dolmen. Mais nous n’avons peut être aujourd’hui qu’une connaissance partielle de ces monuments. Ainsi la présence de poteaux de bois, autour ou sur la structure et même des traces de peinture sont parfois attestées. Les plus gros blocs ont été transportés sur de longuies distances mais les pierres utilisées pour construire les parements proviennent de carrières situées au pied des monuments, ce qui accentuait vraisemblablement l’aspect monumental de la construction. En effet, si ces monuments sont des tombes, ils ont aussi été édifiés pour être visibles de loin.

bougon-4-mars-2008-083.jpg Aujourd’hui, cinq à six mille ans plus tard, voici ce qui pourrait rester du monument.
L’érosion, l’affaissement naturel lié au poids de la construction mais surtout et le plus souvent les interventions de l’homme au cours du temps, font qu’il ne reste que la structure interne du monument, c’est à dire le dolmen.
Les piliers et la dalle de couverture sont en effet plus difficiles à déplacer et à récupérer…

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les lieux de cultes : les pierres

mars 17, 2008 at 12:29 (écologie sacrée, coutumes, nature, vie quotidienne)

Etienne Renardet : « Vie et Croyances des gaulois avant la conquête romaine » (A.& J. Picard) :

« L’homme n’a jamais oublié que la pierre fut sa première auxiliaire et que, lui ayant servi d’outil, lelle lui a permis de se séparer de l’espèce animale pour devenir l’homo faber. dans le paysage elle constitue des protubérances, des excavations, des falaises qui sculptent la Terre-Mère pour lui donner son visage. Le mégalithisme et l’aménagement des cavités se sont inspirés des constructions naturelles. Leur caractère religieux procède des mêmes motivations profondes mais plus élaborées.
Si nous nous plaçons à l’époque gauloise, il est vraisemblable que  certaines confusions se sont produites. En effet la pierre gardait son sens symbolique mais la distinctiojn profonde, autrefois introduite dans le culte par les constructeurs mégalithiques, s’était estompée. Il est même vraisemblable que les traditions les plus anciennes demeuraient les plus vivantes et que, suivant une règle assez générale, le culte le plus récent s’était plus rapidement effacé. Néanmoins les monuments mégalithiques ont été utilisés pour des cérémonies nouvellement introduites par les Celtes et les druides ont officié sur des dolmens, ce qui, par la suite, les a fait appeler « pierres druidiques ».
Au risque de simplifier à l’extrême, on pourrait dire que les roches naturelles ont été fréquentées par le peuple, alors que les constructions mégalithiques dont les Celtes ne connaissaient pas l’objet originel ont servi aux cérémonies officielles. Nous retrouvons là un aspect du dualisme culturel. Une grande prudence s’impose toutefois et la distinction entre un bloc erratique et une pierre implantée par l’homme est souvent impossible à établir. D’autre part des pierres taillées de mains d’homme ont pu doubler des roches naturelles.
Cette observation faite, examinons le rôle des pierres. Elles ont servi de jalons sur les routes et celles des carrefours prenaient un sens quasi religieux. Le voyageur avait recours à la protection des esprits non seulement pour éviter les accidents et les attaques, mais plus simplement pour ne pas se tromper de direction. A la pointe des clairières culturales, des bornes avaient précédé les croix des rogations. Dans la forêt des pierres levées servaient de points de ralliement et de repère. Ces humbles vestiges sont arrachés chaque jour à l’occasion surtout des remembrements. Parmi ces bornes certaines servaient de jalons pour la transmission des nouvelles. Peut être étaient-elles visitées en des circonstances particulières par la foule. Des promontoires naturels d’où la voix portait à de longues distances et sur lesquels parfois s’élevent des croix ou des statues jouaient un rôle semblable.
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Des roches naturelles ou des dalles aménagées étaient utilisées pour les offrandes. Des cupules et des saignées permettaient aux liquides de circuler avant de pénétrer dans la terre. Le peuple s’y rendait en foule. Des grottes étaient honorées dans des conditions semblables.
Des ensembles de pierres rangées en cercle permettaient des réunions cultuelles. Des cromlechs dont nous ignorons la fonction d’origine ont été aménagés à cette fin.
Parmi les roches naturelles, les escarpements au pied desquels jaillissent des sources étaient les plus fréquentés par les pélerins, en groupes ou individuellement. Le temple de plusieurs villes était constitué par une masse rocheuse. C’est par exemple le cas de la Pierre à la Vouivre qui s’élève sur le plateau de Bibracte.
Le pouvoir fécondant de la pierre se manifestait par la fréquentation des roches qui par leur forme se prêtaient au chevauchement par les femmes désireuses d’être mères. Ces dernières s’y rendaient individuellement ou à quelques unes. Il en allait autrement des dalles sur lesquelles les malades étaient étendus, car c’est au cours de  pèlerinages que cette pratique s’accomplissait. On étendait également les morts sur des dalles avant de les confier aux entrailles de la terre.
Les Gaulois avaient un sens profond du mystère. Passionnés de la vie sous toutes ses formes, ils cherchaient à en retrouver l’ »origine et remontaient à la conception. Celle ci a lieu dans les entrailles de la terre ou du ventre maternel pour le corps, dans le tréfonds de la conscience pour l’âme humaine. Les contes celtiques nous permettent de cheminer dans cette recherche vers l’analyse de psychisme comme les traditions nous aident à partager la joie de remonter aux sources de la vie. La grande nuit de l’année était le symbole de la conception qui précède la vie apparente. Il importait d’en déterminer la date afin de porter l’attention méditative sur elle.
Les obsrvatoirts naturels que constituent certaines roches jouaient un rôle pratique pour fixer la période du solstice d’hiver sans négliger le caractère symbolique du lien entre la pierre et le Soleil. Dans chaque région, des observatoires composés de roches et de repères étaient en usage. Parmi eux figurent en bonne place nos actuelles « pierres qui virent ». Celles ci mériteraient une étude approfondie qui nous entrainerait hors de notre cadre (1).
Il est fort possible que les celtes aient repris à leur compte en les rendant plus précis d’anciens dispositifs d’observation solaire. De même ont-ils fort bien pu compléter de vastes ensembles de pierres levées comme celui de Carnac qui était probablement unique en Gaule. Seules des corporations de spécialistes ont construit et utilisé de tels dispositifs. Ces deux catégories de monuments illsurtrent le dualisme des cultures.
Parmi les autres lieux de célébrations liturgiques, il faut citer les champs et les marchés et plus généralement les théâtres des activités professionnelles et économiques.

(1) Retenons seulement que des traditions postérieures ont gardé l’idée qu’au milieu de la nuit du solstice ces pierres se soulevaient pour livrer des trésors. La notion de trésor est adventice et montre une rupture de mémoire comme c’est le cas pour la corne d’abondance d’où sort les richesses. A l’origine cette corne était destinée à transporter le feu avant l’époque du feu produit. Le trésor est la matérialisation des bienfaits promis. »

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le cycle du Carnaval avant la conquête romaine

janvier 21, 2008 at 4:37 (fêtes, vie quotidienne)

« L’hiver n’en finit pas d’agoniser. Les provisions soigneusement conservées dans les récipients ou dans les silos enfouis sous la terre commencent à s’épuiser. Le bois sec se fait rare et pourtant le froid reste vif. La neige, le vent et les gelées ont totalement dépouillé la terre devenue aride et triste.. C’est l’angoissante fin de l’hiver où la neige, refusant de disparaitre, se répand en rafales agressives devant lesquels les jours cléments battent en retraite.
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Pourtant la Nature pressent déjà la belle saison. Au milieu des tapis blancs qui demeurent au fond des combes ombreuses, les « gouttes de lait » sortent du sol toutes blanches pour ne pas se faire remarquer. Dans les sous-bois, les scilles minuscules exposent leur douce couleur bleue aux moindres rayons du soleil qu’aucune frondaison n’arrête. La mâche étale ses feuilles dans les champs qui portent ainsi le premier produit de l’année. Parmi les oiseaux qui s’essaient à chanter , le merle continue sa mélodie commencée en plein hiver pour fixer sans retard les limites de son domaine. Avant que la campagne soit en mesure d’assurer une nourriture suffisante, l’instinct de reproduction pousse les animaux à préparer la saison des amours. L’eau sourd de toutes parts et les ruisseaux chantonnent leur plénitude.
Puis dans les prés, les pâquerettes sortent en toute hâte leur petite tête ronde pour dire aux oiseaux qu’il est temps de pondre car les insectes prennent leur vol hésitant et les vermisseaux se glissent sous les feuilles mortes.. Les reptiles se réveillent lentement à la chaleur des pierres. Après les buissons, les arbres se parent de pousses qui n’arrivent pas à contenir les jeunes feuilles. Cependant qu’ en terre les graines se muent en tiges prometteuses. Ces germes se libèrent de la graine comme le foetus fait du placenta devenu inutile et voué à la disparition. Au ciel les giboulées ont mené un vigoureux combat d’arrière garde. Victorieusement le vent est parvenu à libérer l’azur qui se partage à égalité avec la nuit, la durée du jour.
Ce drame du réveil de la nature qui va effacer toute tracée de la saison morte, où le prédateur attaque les proies avec audace pour nourrir ses petits, où chaque branche bouscule ses voisines pour se tailler un espace, où les mères défendent avec témérité leur progéniture, ca drame, l’homme de pouvait pas ne pas le ressentir très fortement.
Il l’a représenté de sorte à rappeler symboliquement les évènements mais surtout leurs causes transcendantes et à exprimer ses propres émotions. Cette représentation constitue le cycle de printemps qui commence au début du bois de mars pour finir avec le mois de mai.
Pour les Gaulois le monde des âmes envahit progressivement la terre avant même que ses habitants en aient bien pris conscience. Aussi sont-ils surpris de constater les effets de cette conquête générale qui s’observe dans les bois, les champs, les maisons aussi. Cette prise de possession du peuple souterrain, c’est le monde à l’envers. Comment cela se traduit-il ?
Les jeunes gens sautillants et facétieux, méconnaissables sous les déguisements sont habillés sens dessus dessous. Puisque le visage représente la personne, les garçons cachent le leur derrière des masques excentriques, comme il sied à des êtres surnaturels. Parmi eux se trouvent des animaux puisque ceux ci peuplent l’au delà. La troupe turbulente se répand partout sans vergogne. Sa première incursion a pour objet le lieu où l’on se rassemble pour les veillées d’hiver ou « écraignes » (*). Elles ne sont plus de mise. Les participants sont dispersés au milieu des cris, les filles et les femmes sont particulièrement poursuivies car il est temps qu’elles reprennent leur place dans l’oeuvre de procréation.
Plusieurs jours durant, ils sèment le trouble dans le village, entrent dans les maisons, n’hésitant nullement à prendre les aliments qui s’y trouvent. Les habitants, du reste, ont à coeur de leur offrir tout ce qui leur plaît. En échange, ils distribuent par poignées de la farine sur les gens qu’ils rencontrent en signe de fertilité.
Une multitude de rites pratiqués dans telle ou telle région, rappellent ce bouleversement causé par l’envahissement des êtres surnaturels. Là, c’est le jugement improvisé des notables, là c’est la course imposée à un mauvais sujet assis à l’envers sur un mulet… Les gâteaux consommés en ces jours-là rappellent eux mêmes le caractère insolite de tout ce qui advient. Le nom de « fantaisies » qui nous a été transmis en est le signe.
Un géant était de la fête et, dans le Nord en particulier, il la présidait en compagnie de ses émules. Mais ce grand personnage avait une fin tragique puisqu’on le mettait à mort. Il s’agit là d’une pratique héritée des époques pré-celtiques dont les Gaulois avaient gardé la tradition sans en connaitre la cause. André Varagnac pense que les traditions relatives aux géants ont pris naissance après le mégalithisme. Les Celtes, incapables de réaliser de tels monuments auraient imaginé qu’ils étaient l’oeuvre de puissants personnages. Une autre explication a été proposée. Un roi conquérant honni aurait laissé un souvenir tellement mauvais que, bien des générations après, on le met encore à mort. Cette interprétation historique nous parait moins vraisemblable.
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Une autre tradition consistait à garnir une roue de paille sèche et à la faire dévaler sur les pentes après l’avoir enflammée. En certaines régions des disques étaient lancés en l’air. La roue, signe solaire, répandait ainsi sur son parcours le feu fécondant. C’est probablement en partant de la même idée que les oeufs étaient « roulés » en certains endroits déterminés. L’oeuf était lié à la saison printanière, aussi jouait-il un rôle important dans les rites carnavalesques. Comme le poussin doit casser la coque pour sortir, l’oeuf doit être brisé pour être signe de naissance. C’est pourquoi il était rituel de casser des oeufs soit lors des « roulées » soit dans des gâteaux.
Le cycle de Carnaval se terminait par des feux. Chacun apportait un peu de bois au bûcher pour rappeler son caractère communautaire. Des danses s’animaient autour du foyer et les jeunes gens effectuaient des sauts au dessus des flammes, signifiant le passage. Les filles et les jeunes femmes, en accomplissant ce geste, participaient à l’oeuvre de fécondation générale. Celle ci était complétée par l’éparpillement des brandons ou de torches d’herbes sèches dans les champs. Dans certaines régions, des braises et des cendres étaient également répandues sur les sépultures pour appeler les défunts à revivre en union avec toute la nature.
D’autres pratiques avaient lieu en divers endroits. Elles avaient pour thème la pousse des plantes. Ici on fichait en terre une branche ou une tige. Si elle prenait racine et fournissait des bourgeons, c’était signe de prospérité. Là on allait cueillir des branchages pour en tresser des couronnes que rehaussaient des décorations composées de rubans ou de colifichets aux couleurs éclatantes. Des « rondes » accompagnaient ces cueillettes.
(*) Ces lieux de réunion souterrains sont en contact avec la Terre-Mère, mieux, ils sont en son sein. Ceux qui s’y rendent se trouvent pour ainsi dire au milieu du petit peuple des âmes. En Bourgogne on appelle un homme de très petite taille « écraignot ». Il est normal que l’invasion de ce peuple sur la Terre se produise à partir de ces souterrains. »

Etienne Renardet: « Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine »

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autour d’Imbolc

janvier 21, 2008 at 12:06 (fêtes, vie quotidienne)

 Etienne Renardet: « Vie et Croyances des Gaulois avant la conquête romaine ».

« Entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps, les Celtes célébraient une fête. Quel était son objet ? On sait que le thème de la purification se retrouve en plusieurs religions. Le calendrier gaulois comportait peut être ce thème. Encore faudrait-il déterminer ce qu’il convient de mettre sous ce mot. Il ne concerne pas une personne comme c’est le cas pour la Chandeleur. En revanche il semble bien qu’il définisse la qualité et la pureté des produits de la terre ou les aliments conditionnés par les hommes. Les rites consistaient à offrir des gâteaux aux divinités des sources afin de se concilier leurs bonnes grâces et d’obtenir qu’elles assurent une excellente qualité aux récoltes et aux aliments tout au long de l’année. Mais la prière ne se limitait pas à ce domaine. Les femmes sollicitaient d’être fécondes dans les mois à venir. Tout se passait comme si, après avoir demandé l’ abondance des biens aux jours du grand renouveau, on s’adressait à des puissances quelque peu ambigües pour obtenir la qualité des dons.
La visite aux sources se faisait avec un grand concours de peuple qui se livrait à des manifestations de danses plus rituelles que joyeuses. Les enfants, les jeunes filles et les nouveaux mariés avaient des rôles qui leur étaient propres. Ces rassemblements étaient parfois accompagnés de foires où s’échangeaient plutôt des objets fabriqués que des produits agricoles.
L’ancienne tradition selon laquelle les luminaires de la Chandeleur étaient conservés pour servir de protection contre la foudre indiquerait des rites du feu. Mais en l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons en dire davantage.
Après avoir sollicité les bienfaits des puissances de l’autre monde, il était logique de chercher à savoir si l’on avait été exaucé. Des rites divinatoires accompagnaient les offrandes. Les uns s’effectuaient dans les sources, d’autres à la maison à l’occasion de la confection de galettes de farine. Certains signes annonçaient profusion de récoltes, abondance de nourriture, espérance d’heureuses maternités. »

Le Palimpseste


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Le Palimpseste

Les crapauds sont des étals d’âme, ils n’existent pas. Seuls des étangs, des mélopées… L’enfant instruit de l’amertume des bourgeons, l’enfant privé du lait
obscur, casse comme le verre. Une neige irréprochable récolle les sanglots, les éclats d’une telle assomption lunaire. Et la machinerie hilare du printemps s’affole,
s’expatrie…

Accoutré des lambeaux d’un crime perpétré par des mains étrangères sur un corps engourdi, tu progresses, tu déranges les clartés et les signes, tu trembles
dans l’éloge, tu meurs de sécheresse aux abords de la pyramide. Dedans, ta pesanteur, ton exégèse embaument. Le bonheur gronde, il l’ait nuit.

Il faut grandir avec douceur et démesure. Rajeunir les gouffres, parquer les rois, s’enorgueillir. Les fenêtres sauvages et les amours prostrées donnent sur un parfum

 Jacques Dupin
La rue aux magasins en quête de loueurs, à force de mener dans les zones commerciales, fait payer le stationnement bien plus cher. Les parkings sentent l’ennui des rapports paumés. On y voit passer des nostalgies de rencontres portant sur elles la différence de la foire à la corde, aux outils aratoires, au bétail dans le bleu cordial des blouses et du tope-là qui finissait à la taverne autour d’un verre de blanc. J’ai trouvé une mouette ayant siège au bout de la jetée. Dire son âge ne sert à rien, elle n’en a plus, elle est née le même jour que l’océan. Elle a vu les hordes vikings emboucher les estuaires à contresens. Son plus mauvais souvenir parle espagnol. Une pyramide inca cascadant du sang humain dans des coupes, en sacrifice au soleil. Ainsi quelque soit le bout par lequel on le prend, le manuscrit commença par être le recueil d’un aveu criminel. Mais on le recouvrit immédiatement d’une histoire évolutive où tous les hommes bouche bée se roulaient des pelles pour casser les cailloux du chemin. Ce qui transpire à insupporter est ce qui garde l’originel de l’histoire écrite de l’Homme.
Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2017

Quelque soit le nibard du jour, j’halête


 Quelque soit le nibard du jour, j’halête

L’écho-musée que je suis en mon humble personne, se fend quotidiennement sans que ce soit besoin de journée du patrimoine. J’ai porte-ouverte toute l’année Grande, pas comme un soupire aïe.. Les politiques inventent n’importe quoi pour attirer la foule dans leur guêpier. A preuve, le médiocre Macron, qui s’entoure du préposé à la royauté, pour sortir une fausse affirmation historique à des mominards mis en scène par l’Elysée. Puisqu’on vit au tant du vrai manque, pourquoi prendrait-on garde à ne pas affirmer que du mensonge ? On aurait tort puisque le lambda modèle est suspendu au décolleté de l’info-star. Sourire, devant mes moustaches, ça c’est Loiso en personne, jamais ma bouche s’est déguisée pour une fellation de vrai. A confesse pas besoin d’une paroi entre deux voies, chez moi c’est direct. Avec la bonne tenue de langage d’un profond respect de  notre langue, dans toutes ses nuances, de la politesse, du tact, de la probité, qui font que le sado-crade-vulgaire n’est pas de mon trottoir. Monument historique je suis d’une vie riche d’évènements, de rencontres, de voyages, d’échanges, que d’humanité, en plus je fais rien payer aux autres, je rembourse une dette que je n’ai pas contractée.

Niala-Loisobleu – 17 Septembre 2017

 

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LA BOÎTE A L’ÊTRE 21


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 21

LES CONTES DE L’INVISIBLE

Il y a une fois

qu’il était

un point suspendu se balançait

cerf-volant croisant dans son paradis Bleu

S’il s’interrogea des fois, mit long  à comprendre qu’à vouloir trouver réponse à tout on s’éloigne du Centre, droit dans le mur du Triangle des Bermudes

Bien sûr il y a

les parents

les frères

les soeurs

le mari ou l’épouse

les enfants

le patron

l’épicier

la voiture

les godasses à changer

et l’abscons qui répond toujours pas au téléfon

Mais mon dos

il me fait bien moins mal

quand j’écoute mon coeur à vélo hâler

et que je marche dans le sens de mon âme à bois

en sortant mon oeil de l’herpès pour gratter le besoin de Lumière

J’ai toujours le même âge

dans l’état civil

mais

la vérité

c’est qu’à devoir traverser

mieux vaut garder son tablier et ses culottes courtes

en déchirant tous ses papiers

puisque mourir pour mourir

vaut mieux vivre

Elle est là grande ouverte

a pas bougé

au bord de l’Amour

Ma qu’Aime

large

baie entre

regardant de la bonne moitié de la bouteille

tendue comme un promontoire

pour que j’habite chez Elle

Rut de la Plume d’Encre.

Niala-Loisobleu – 9 Janvier 2013

 

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L’ETERNEL RETOUR

La vie est un éternel recommencement. On invente à côté, le fond demeurant le même. Boccace, c’est du Macron sauce Hollande…

Niala-Loisobleu – 20 Mai 2017

BOCCACE
───
LE DÉCAMÉRON
TRADUCTION NOUVELLE
par
FRANCISQUE REYNARD
──────
TRADUCTION COMPLÈTE

PRÉFACE DU TRADUCTEUR


En France, on s’imagine que Boccace est un auteur de contes plus licencieux les uns que les autres, et l’on dit en souriant d’un air malin : les contes de Boccace, comme on dirait : les contes de La Fontaine. Or, si rien n’est moins exact, rien ne saurait mieux donner la mesure de notre superbe indifférence en fait de littérature étrangère.

Quelqu’un qui nous avait observés de près a dit, avec autant d’à-propos hélas ! que d’esprit, que ce qui distingue les Français des autres peuples, c’est leur ignorance profonde en géographie ; il aurait pu aussi justement ajouter : leur ignorance à peu près complète des littératures étrangères. Les œuvres des écrivains étrangers sont quasi inconnues en France. Les lettrés — encore est-ce l’exception — savent le nom des plus illustres, connaissent le titre de leurs principaux ouvrages, au besoin peuvent en citer une phrase ou deux, et, grâce à ce mince bagage, acquièrent une facile réputation d’érudit. Mais combien y en a-t-il parmi nous qui se soient donné la peine d’étudier les chefs-d’œuvre que la renommée consacre au delà de nos frontières ? Combien y en a-t-il qui soient assez familiers avec la Divine Comédie de Dante, par exemple, pour parler avec quelque autorité de cet incomparable poème qui a tracé en pleine obscurité du moyen âge un si éclatant sillon de lumière ? On nous apprend au collège, quand on veut bien nous l’apprendre, que la Divine Comédie est une conception de génie, mais on se garde de nous en mettre une ligne sous les yeux, et nous allons toute notre vie d’homme instruit, ou prétendu tel, parlant avec un enthousiasme banal d’une chose que nous n’avons jamais vue et que nous n’avons nulle envie de voir. Nous citons à tout propos, avec l’aplomb ordinaire des gens qui ne savent rien, le fameux Lasciate ogni speranza, pour faire voir que nous possédons notre texte, mais il ne faut pas nous demander plus. Nous serions même fort embarrassés de dire à quel endroit du poème se trouve ce passage que tout le monde cite par ouï-dire, et à quoi il a trait.

Ce que je dis de la Divine Comédie peut s’appliquer à n’importe quel chef-d’œuvre étranger. Pétrarque et Arioste sont encore moins lus chez nous que Dante. Nous avons, pendant cent cinquante ans, repoussé Shakespeare, et quand nous avons consenti à le laisser pénétrer jusqu’à nous, c’est à la condition qu’il nous arriverait émondé, mutilé, châtré par un Ducis. Je ne suis pas bien sûr qu’il n’existe pas encore des gens disposés, sur la foi de Voltaire, à traiter de « barbare » le poète d’Hamlet et d’Othello. Quelques-uns d’entre nous, les moins ignares, savent que Camoëns a fait les Lusiades, Milton le Paradis perdu, Klopstock la Messiade, mais c’est tout. Il n’est pas vingt Français qui puissent se vanter d’avoir lu d’un bout à l’autre ces poèmes qui ont immortalisé leurs auteurs. Si nous connaissons l’épisode de Marguerite, du Faust de Gœthe, c’est grâce surtout à la peinture d’Ary Schœffer et à la musique de Gounod. Quant au reste, nous n’en soupçonnons pas un traître mot, et nous n’en avons cure.

Voilà pour les plus grands, pour ceux dont il n’est pas permis de ne pas savoir le nom. Pour les autres, quel que soit le degré de célébrité dont ils jouissent dans leur pays, nous ignorons la plupart du temps jusqu’à leur existence.

Boccace a subi le sort commun chez nous aux écrivains étrangers, et bien que ce nom soit presque aussi populaire en France qu’au delà des Alpes, nous ne le connaissons pas mieux que Dante et Shakespeare. Que dis-je ? Son cas est plus particulier encore. Si nous ne connaissons ni Dante ni Shakespeare, ou si nous ne les connaissons que très imparfaitement, nous ne nous en faisons pas du moins une idée par trop fausse. Nous savons, d’une manière générale, que Dante a écrit un poème où il raconte ses pérégrinations imaginaires à travers l’enfer, le purgatoire et le paradis, et que Shakespeare a composé de nombreux drames dont les plus célèbres nous sont connus, ne fût-ce que par leur titre ; tandis que nous avons de Boccace et de son œuvre une idée absolument erronée.

Boccace n’a point écrit de contes, dans le sens du moins que nous attachons à ce mot. Il a laissé, entre autres ouvrages en prose et en vers, dénotant tous un écrivain de premier ordre[1], un livre intitulé le Décaméron, d’un mot grec qui veut dire les dix journées. Dans ce livre, son chef-d’œuvre et son vrai titre de gloire, Boccace nous dit comment, pour fuir la peste de 1348, sept jeunes dames et trois jeunes gens de Florence formèrent joyeuse compagnie et s’en allèrent vivre aux champs, au sein des plaisirs et des amusements de toutes sortes, dans l’oubli le plus complet des horreurs qui désolaient leur malheureuse cité. Il nous décrit leurs ébats à travers les campagnes enchanteresses de l’Arno ; puis, quand ils sont las des plaisirs de la table, du chant ou de la danse, de la promenade ou de la pêche, il nous les montre se rassemblant autour de quelque belle source d’eau murmurante, sous les grands arbres de quelque parc ombreux, pour raconter, chacun à son tour, à la mode florentine, des nouvelles sur les sujets les plus divers, mais dont le fond à peu près invariable est une histoire d’amour gaie ou triste, lamentable ou folle, suivant l’humeur de celui qui raconte, ou suivant le sujet imposé par le roi ou la reine de la journée. Si, dans quelques-unes de de ces nouvelles, le narrateur dépasse parfois les bornes du bon goût ou de la décence, ce n’est qu’accidentellement, et le ton général de l’œuvre est sérieux sans jamais être pédant, et très souvent dramatique sans cesser d’être simple.

Tel est le sujet du livre, mais il a une portée autrement grande que celle de simples récits destinés à distraire ou à émouvoir les belles lectrices auxquelles Boccace l’a spécialement dédié. C’est la peinture vivante de toute une époque, de la société telle qu’elle était au quatorzième siècle ; depuis le serf courbé sur la glèbe, jusqu’au très haut et très puissant baron qui n’a qu’un mot à dire, un signe à faire, pour envoyer impunément à la mort femme, enfants, vassaux ; depuis la courtisane qui se vend, jusqu’à la grande dame qui se donne, en passant par l’humble fille qui gagne sa vie en travaillant, et chez laquelle la passion souveraine, l’amour, n’agit pas avec moins d’empire que chez les princesses de sang royal ; depuis le pauvre palefrenier épris de la reine et parvenant, à force d’intelligence et de volonté, à satisfaire sa passion, jusqu’au roi bon enfant et paterne, qui se laisse cocufier comme un simple bourgeois de Florence ; depuis le moine fainéant et goinfre, coureur de femmes et montreur de reliques fantastiques, telles que les charbons du gril de saint Laurent ou les plumes de l’ange Gabriel, jusqu’au sinistre inquisiteur, « investigateur de quiconque avait la bourse pleine » ; jusqu’à l’abbé mîtré et crossé, détenteur de biens immenses et tenant nuit et jour table ouverte à tous venants. Et tous ces personnages ont une allure si naturelle, ils se meuvent dans un cadre si vrai, si bien ajusté à leur taille, que nous les voyons aller et venir comme si nous avions vécu au milieu d’eux en plein quatorzième siècle.

Dans un ordre d’idées non moins élevé, le Décaméron est une éloquente et courageuse protestation de bon sens et de l’esprit de libre examen contre l’abêtissement organisé en système par la scolastique de l’école et la superstition monacale. On a peine à croire que Boccace ait pu écrire sur le clergé de son temps les virulentes satires que son livre contient presque à chaque page, et qu’on dirait échappées de la plume d’un écrivain contemporain, tellement elles sont empreintes du sentiment de la liberté de conscience et de la dignité humaine. Il est allé plus loin ; non content de fustiger à tour de bras moines et prélats, il s’est attaqué au dogme lui-même. Il n’a pas craint de mettre sur le même rang les trois religions : juive, mahométane, chrétienne ; de leur donner une commune origine et de laisser entendre fort clairement qu’elles se valaient toutes les trois ; audace grande en face des bûchers de l’Inquisition. Les distinctions sociales, toutes de convention, n’imposent pas davantage à Boccace, et il y a tel passage de son œuvre où il n’hésite pas à déclarer que tous les hommes naissent égaux, et que la seule noblesse est celle de l’intelligence et de la vertu, non de la naissance et du hasard.

L’auteur du Décaméron est donc plus qu’un agréable et ingénieux faiseur de contes égrillards ; c’est un des maîtres peintres de l’humanité, et, après avoir écrit le dernier mot de son livre, il aurait pu s’écrier avec tout autant de fierté qu’Horace : exegi monumentum. C’est en outre un des plus grands écrivains de l’Italie ; il a fait de l’autre côté des Alpes, pour la prose, ce que Dante et Pétrarque ont fait, presque à la même époque, pour la poésie. De ces trois génies dérive tout ce qu’il y a de beau, de vrai et de grand dans les lettres italiennes. À ces titres, Boccace méritait d’être connu chez nous autrement que par les récits graveleux dont La Fontaine a pris le sujet dans son livre, ou par la grotesque parodie qui a servi de prétexte à Mirabeau pour donner carrière aux fougues de son imagination, sous le nom de traduction libre.

Car c’est à ses imitateurs plus ou moins scrupuleux, que Boccace doit tout à la fois d’avoir un nom populaire en France et d’y être pris pour ce qu’il n’est pas. Il a eu la chance heureuse et malheureuse d’être outrageusement pillé par La Fontaine qui prenait son bien où il le trouvait. La Fontaine est allé choisir dans le Décaméron les anecdotes les plus grivoises, les plus propres à aiguiser l’esprit des amateurs de gravelures, et avec sa malice, sa verve toute gauloise, son prodigieux talent de conteur, il les a habillées à sa façon. Mais s’il a pris à Boccace son rire et sa belle humeur, il s’est donné de garde de lui emprunter l’émotion profonde et sincère qui, chez le grand Florentin, fait toujours pardonner la légèreté du sujet. La Fontaine est un épicurien ; le sentimentalisme est son moindre défaut. Ses héroïnes n’ont d’autre objectif que le plaisir ; elles se donnent parce qu’elles éprouvent à se donner une jouissance matérielle à laquelle elles obéissent presque uniquement. Les belles amoureuses du Décaméron se livrent parce qu’elles aiment ; elles se donnent simplement, naïvement et au besoin elles savent mourir naïvement et simplement aussi, quand leur amour est trahi ou méconnu. Quelles figures plus adorables que celles de la Griselda, ce type ravissant de résignation et de tendresse conjugale ; de la Salvestra expirant de douleur sur le corps de son amant ; de la Simone, de Ghismonda, et de tant d’autres, qui placent les femmes de Boccace à la hauteur idéale des femmes de Shakespeare ! Ces créations charmantes, d’une conception si suave, si poétiques et pourtant si vraies, La Fontaine les a vues passer sans en être touché, sans les avoir comprises, ou peut-être sans vouloir les comprendre. Combien Alfred de Musset s’en est mieux inspiré ! Il a pris, lui aussi, à Boccace le sujet de deux de ses nouvelles, et il en a fait deux chefs-d’œuvre de grâce émue, de finesse et d’exquise poésie. C’est que Musset n’était pas seulement un grand artiste ; c’était un grand poète, et quelque paradoxal que cela puisse paraître de prime abord, son génie se rapproche infiniment plus de celui de Boccace que le génie de La Fontaine.

Si les emprunts de La Fontaine au Décaméron n’ont servi qu’à nous donner le change sur Boccace, on peut dire également que les traductions qui en ont été faites en français sont insuffisantes pour nous faire connaître le chef-d’œuvre du grand prosateur Italien. Il n’en existe que deux ayant une certaine notoriété ; l’une et l’autre sont fort anciennes. La première a été écrite en 1545 et publiée, à Lyon, en 1548 ; elle a pour auteur Antoine Le Maçon, secrétaire de la reine de Navarre. Elle est exacte, faite avec beaucoup de goût et une parfaite connaissance de la langue italienne ; mais elle a deux inconvénients graves : elle est devenue très rare, malgré les deux éditions qui en ont été récemment publiées[2], et elle est d’une lecture peu facile pour les gens qui ne sont point familiers avec la langue du seizième siècle. Aussi n’est-elle connue que des érudits, et elle ne saurait satisfaire la juste curiosité de la masse des lecteurs.

La seconde traduction est de Sabatier de Castres ; elle date de la fin du siècle dernier. C’est la plus répandue ; c’est la seule à vrai dire que le public ait à sa disposition, et on peut affirmer qu’elle n’a pas peu contribué à donner de l’œuvre capitale de Boccace une idée absolument fausse. C’est pour Sabatier de Castres qu’aurait dû être inventé le fameux proverbe : Traduttore, traditore, traducteur, traître. Il n’est pas possible, en effet, de tronquer, de défigurer plus effrontément l’œuvre qu’on a la prétention de faire connaître. Sabatier de Castres taille, rogne, ajoute, change dans la prose de Boccace avec le sans-gêne le plus complet. Un passage lui semble-t-il difficile à rendre, il le raccourcit, il l’allonge, il le paraphrase à son gré, à moins qu’il ne le supprime tout à fait, comme, pour ne citer qu’un exemple, la fameuse description de la peste de Florence. Qu’on juge par là du reste. Quant aux endroits scabreux, là où la finesse de touche de Boccace voile la crudité du fond, Sabatier appuie comme à plaisir ; il explique, il souligne, il commente, et réussit la plupart du temps à faire une insupportable grossièreté de ce qui, dans le texte, n’était qu’une inoffensive plaisanterie.

Une simple observation fera du reste voir sur-le-champ le crédit que mérite la soi-disant traduction de Sabatier de Castres. Chaque nouvelle du Décaméron est précédée de réflexions ingénieuses et plaisantes, d’un ordre parfois très élevé, et toujours fort intéressantes, que Boccace place dans la bouche du personnage qui raconte. C’est ce qui forme la liaison de son œuvre, en fait un tout, la rend intelligible, en donne le véritable sens. Eh bien ! Sabatier de Castres, dans une note placée en tête de la première journée, déclare à ses lecteurs qu’il a cru devoir « ôter, au commencement de chaque nouvelle, les réflexions de chacun des auditeurs, afin de rendre le récit plus vif et plus agréable. » Cela ne rappelle-t-il pas ce directeur de théâtre de province annonçant sur ses affiches qu’il avait supprimé la musique de la Dame Blanche comme entravant l’action ? Un habile homme que ce Sabatier de Castres ! il a tout le long du chemin des lanternes allumées pour éclairer ses pas, et son premier soin est de souffler dessus. Il n’a pas manqué au surplus d’intituler sa traduction : les Contes de Boccace. De Décaméron, il n’est pas plus question que si le Décaméron n’existait pas.

Donc, ni la version de Le Maçon, complète et fidèle, mais d’une lecture difficile sinon impossible, rare d’ailleurs et fort chère, ni celle de Sabatier de Castres qui, elle, est une véritable tromperie, ne sont de nature à donner de Boccace et de son œuvre capitale une idée vraie. C’est pourquoi j’ai cru qu’il serait intéressant de présenter aux lecteurs français l’auteur du Décaméron sous son véritable aspect. Aussi bien le public, venu enfin à des idées plus justes, ne veut plus de ces traductions par à peu près, avec lesquelles les Dacier, les Lebrun, les Tressan et tant d’autres depuis, l’ont si longtemps berné. Il veut connaître les chefs-d’œuvre étrangers tels qu’ils sont ; il veut savoir ce que l’auteur a dit, tout ce qu’il a dit, rien que ce qu’il a dit, comme il l’a dit. C’est à cette formule que doit dorénavant se conformer tout traducteur qui a le sentiment de sa responsabilité, et c’est ce que je me suis efforcé de faire dans la traduction qu’on va lire. À défaut d’autre mérite, elle a celui de reproduire, aussi exactement que possible, l’œuvre de Boccace et sa physionomie propre. Elle n’a rien emprunté aux traductions qui l’ont précédée ; elle a été faite directement sur l’excellente édition classique de Le Monnier, édition collationnée sur les meilleurs textes. C’est, pour employer l’expression de Montaigne, une œuvre de bonne foi avant tout.

En entreprenant ce travail, je ne m’en suis nullement dissimulé les difficultés. Boccace est, en effet, un des écrivains les plus difficiles à traduire ; non pas que chez lui le sens soit obscur, mais la contexture même de sa phrase en rend la traduction, — j’entends la traduction exacte, la seule que j’admette, — pleine de difficultés. Dans son admiration exclusive des anciens, Boccace a pris pour modèle Cicéron et sa longue période académique, dans laquelle les incidences se greffent sur les incidences, poursuivant l’idée jusqu’au bout et ne la laissant que lorsqu’elle est épuisée, comme le souffle ou l’attention de celui qui lit. Dans la langue latine, souple, flexible, aux inversions naturelles, ce système peut être la source de grandes beautés ; il n’en est pas tout à fait de même pour la langue de Boccace, déjà plus sèche, plus précise, moins apte par conséquent aux inversions et qui s’accommode assez mal de la période cicéronienne. Aussi le plus souvent sa phraséologie est-elle fort complexe, et pour suivre le fil de l’idée première, faut-il apporter une attention soutenue. Ce qui est déjà une difficulté de lecture dans le texte italien, devient un obstacle très sérieux quand on a à traduire ces interminables phrases en français moderne, prototype de précision, de clarté, de logique grammaticale. La langue française, au point de perfection où elle est arrivée, exprime la pensée avec autant d’exactitude mathématique que le chiffre exprime le nombre. Quelle que soit son affinité avec notre idiome, l’italien n’a pas le même rigorisme de la forme. Il permet à l’écrivain des escapades hors de la syntaxe, des licences grammaticales que le français ne saurait tolérer. On conçoit donc qu’il est parfois très difficile de rendre exactement en français, instrument rigide par excellence, ce qu’un auteur italien a écrit avec toute la latitude que lui laisse le peu de sévérité de la langue italienne. Cette difficulté est plus spéciale à Boccace. Je sais bien qu’il y a un moyen commode de l’éluder, et que ce moyen, mes prédécesseurs ne se sont point fait faute de l’employer : c’est de couper les phrases et d’en faire, d’une seule, deux, trois, quatre, autant qu’il est besoin. Mais à ce jeu, on change notablement la physionomie de l’original, et c’est ce que je ne puis admettre.

J’ai donc pris le taureau par les cornes et j’ai accepté la phrase de Boccace comme elle est, à moins, et le cas est rare, qu’il y eût impossibilité matérielle à la transporter dans une phrase qui restât française tout en conservant la physionomie italienne. Si cette méthode a augmenté dans de sérieuses proportions les difficultés du traducteur, elle offre au lecteur l’immense avantage de mettre sous ses yeux le calque on ne peut plus fidèle de l’original. Je dois ajouter que la tournure légèrement archaïque que la phrase acquiert par ce procédé, lui donne une saveur qui n’est point sans charme, tout en offrant une nouvelle garantie d’exactitude. Voilà, je ne puis trop le redire, ce qui fait tout le mérite de la présente traduction, ce qui constitue sa raison d’être et doit la recommander aux lecteurs.

Cette traduction n’est, du reste, qu’une faible partie du travail considérable conçu d’après le même plan, et qui comprendra, si mes forces me le permettent, tous les grands classiques italiens. Déjà la Divine Comédie, de Dante, a paru[3] ; le Roland furieux, d’Arioste, est sous presse. Puis viendront successivement Pétrarque, Tasse, Machiavel, Goldoni, Foscolo, Manzoni, etc. En me vouant à ce labeur de longue haleine, mon but n’a pas été seulement de faire une œuvre utile ou agréable à mes compatriotes ; j’ai voulu, tout en donnant un témoignage particulier d’estime à la généreuse nation dont la littérature a eu tant d’influence sur la nôtre, contribuer à resserrer les liens qui unissent deux peuples faits pour se connaître et s’aimer, et destinés à marcher désormais côte à côte et du même pas dans la voie du progrès et de la liberté.

Francisque Reynard.

Paris, 28 mars 1879.

LE MARELLEUR


LE MARELLEUR

L’arbre d’un pas tranquille est sorti. Pas dehors, ni pour prendre l’air, il était déjà sorti et dedans. Mais pas au dedans de lui, au dedans du bois. Vous savez cet endroit où les rendez-vous dans un de leurs coins, ne sont pas ceux qu’on attend. C’est pourquoi, il regarda derrière lui avant de tirer la porte.

-Personne aux aguets, allons y dit -il, en s’enfonçant la casquette de la nuque au front, à la visière de la forêt.Par le moment qui prend ses quartiers d’oranges sanguines, en jetant ses peaux au sol, il fait un peu nu sous les cimes.

Le mois favorable commence par un signe enfoui entre la source et l’océan, au coeur des eaux profondes et silencieuses de la stagnation et de la macération. La vie devient l’enfouisseuse, qui comme l’animal noir pourvu d’un dard empoisonné, vit caché. Au bord des drames et des tourments de la vie, jusqu’au gouffre de l’absurde, du néant, de la mort..Le Scorpion placé sous la maîtrise planétaire de Mars, et de Pluton puissance inexorable des ombres, des ténèbres intérieures, campe une dialectique de destruction et de création, de la mort et de la renaissance, de la damnation et de la rédemption :

Le Centaure aux quatre sabots plantés au sol et qui se dresse devant le ciel, apparaîtra, un arc bandé en mains, orientant sa flêche en direction des étoiles.Par la venue du Sagittaire avant le solstice d’hiver , la vie reprend mouvement.

L’arbre se promène dans le silence de ses pensées, à l’oeil une goutte de résine, pour lui parfumer le lobe. Essence essentielle de l’énergie qui ne le fait dormir que par apparence.Il sarte, met en sommeil, refait les ors du théâtre, change les tentures, affute les ciseaux à couper l’opacité, huile les gonds qui libéreront les passages sans grincer en s’ouvrant.

L’arbre qui est le père de toute une tribu de pinceaux, aime regarder son ami l’Oiso jouer avec sa progéniture, et à faire des histoires en tableaux. Le temps est peut-être sombre, en cette période, mais les gosses rient en couleurs. Ne vous posez pas les mauvaises questions qui tombent à côté du sujet. Il est beaucoup moins nocif de savoir faire le vide que de l’agrandir en laissant l’inutile gagner du terrain.Le Beau ne peut s’encombrer d’artifices. Sa qualité première étant d’être concis.

Il y a quelques semaines je m’écrivais à moi-même, tout à coup, les doigts couverts de bleu, je repense à cette lettre.Si fort qu’il m’apparaît que je ne cesse d’y ajouter d’autres lignes, comme si j’étais né pour faire marelle après marelle..

Niala-Loisobleu – 19 Mai 2017

1203- enfants jouant ˆ la marelle dans la rue - Paris 1960
©Photo BLONCOURT

 

CE PEINT TEMPS


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CE PEINT TEMPS

Le livre de la pauvreté et de la mort

(Paris, 1902)

Je suis peut-être enfoui au sein des montagnes

solitaire comme une veine de métal pur;

je suis perdu dans un abîme illimité,

dans une nuit profonde et sans horizon.

Tout vient à moi, m’enserre et se fait pierre.

Je ne sais pas encore souffrir comme il faudrait,

et cette grande nuit me fait peur;

mais si c’est là ta nuit, qu’elle me soit pesante,

qu’elle m’écrase,

que toute ta main soit sur moi,

et que je me perde en toi dans un cri.

Toi, mont, seul immuable dans le chaos des montagnes,

pente sans refuge, sommet sans nom,

neige éternelle qui fait pâlir les étoiles,

toi qui portes à tes flancs de grandes vallées

où l’âme de la terre s’exhale en odeurs de fleurs.

Me suis-je enfin perdu en toi,

uni au basalte comme un métal inconnu?

Plein de vénération, je me confonds à ta roche,

et partout je me heurte à ta dureté.

Ou bien est-ce l’angoisse qui m’étreint,

l’angoisse profonde des trop grandes villes,

où tu m’as enfoncé jusqu’au cou?

Ah, si seulement un homme pouvait dire

toute leur insanité et toute leur horreur,

aussitôt tu te lèverais, première tempête de monde,

et les chasserais devant toi comme de la poussière_

Mais si tu veux que ce soit moi qui parle,

je ne le pourrai pas, car je ne comprends rien;

et ma bouche, comme une blessure,

ne demande qu’à se fermer,

et mes mains sont collées à mes côtés comme des chiens

qui restent sourds à tout appel.

Et pourtant, une fois, tu me feras parler.

Que je sois le veilleur de tous tes horizons

Permets à mon regard plus hardi et plus vaste

d’embrasser soudain l’étendue des mers.

Fais que je suive la marche des fleuves

afin qu’au delà des rumeurs de leurs rives

j’entende monter la voix silencieuse de la nuit.

Conduis-moi dans tes plaines battues de tous les vents

où d’âpres monastères ensevelissent entre leurs murs,

comme dans un linceul, des vies qui n’ont pas vécu

Car les grandes villes, Seigneur, sont maudites;

la panique des incendies couve dans leur sein

et elles n’ont pas de pardon à attendre

et leur temps leur est compté.

Là, des hommes insatisfaits peinent à vivre

et meurent sans savoir pourquoi ils ont souffert;

et aucun d’eux n’a vu la pauvre grimace

qui s’est substituée au fond des nuits sans nom

au sourire heureux d’un peuple plein de foi.

Ils vont au hasard, avilis par l’effort

de servir sans ardeur des choses dénuées de sens,

et leurs vêtements s’usent peu à peu,

et leurs belles mains vieillissent trop tôt.

La foule les bouscule et passe indifférente,

bien qu’ils soient hésitants et faibles,

seuls les chiens craintifs qui n’ont pas de gîte

les suivent un moment en silence.

Ils sont livrés à une multitude de bourreaux

et le coup de chaque heure leur fait mal;

ils rôdent, solitaires, autour des hopitaux

en attendant leur admission avec angoisse.

La mort est là. Non celle dont la voix

les a miraculeusement touchés dans leurs enfances,

mais la petite mort comme on la comprend là;

tandis que leur propre fin pend en eux comme un fruit

aigre, vert, et qui ne mûrit pas.

O mon Dieu, donne à chacun sa propre mort,

donne à chacun la mort née de sa propre vie

où il connut l’amour et la misère.

Car nous ne sommes que l’écorce, que la feuille,

mais le fruit qui est au centre de tout

c’est la grande mort que chacun porte en soi.

C’est pour elle que les jeunes filles s’épanouissent,

et que les enfants rêvent d’être des hommes

et que les adolescents font des femmes leurs confidentes

d’une angoisse que personne d’autres n’accueille.

C’est pour elle que toutes les choses subsistent éternellement

même si le temps a effacé le souvenir,

et quiconque dans sa vie s’efforce de créer,

enclôt ce fruit d’un univers

qui tour à tour le gèle et le réchauffe.

Dans ce fruit peut entrer toute la chaleur

des coeurs et l’éclat blanc des pensées;

mais des anges sont venus comme une nuée d’oiseaux

et tous les fruits étaient encore verts.

Seigneur, nous sommes plus pauvres que les pauvres bêtes

qui, même aveugles, achèvent leur propre mort.

Oh, donne nous la force et la science

de lier notre vie en espalier

et le printemps autour d’elle commencera de bonne heure.

Rainer Maria Rilke

Présence contrecarrée, quelque chose d’inhabituel étouffe la raison profonde qui m’a jusqu’ici tenue là vif au combat. Il manque à ce magique avènement ce qui l’induit normalement par effet de cycle. En lui, est un élément contraire qui abolit sa nature même et l’entraîne au gouffre, s’est glissé . Je n’ose….et pourtant dans ce désordre ambiant qui anémie la terre entière, il se pourrait que l’annonce me soit plus personnelle… entends-je les trompettes, le dernier-faire part que ma révolte de vivre ne pourrait repousser des quatre fers ?

Ma richesse de la vie, certes, n’accepte pas la pauvreté de la mort mais quand c’est l’heurt c’est plus l’heur. Si la cloche a sonné le bout du couloir, il faut décrocher le manège du porte-manteaux et de l’aqueux du mickey.

Niala-Loisobleu – 20 Mars 2017

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