AVANT TIERS


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AVANT TIERS

 

La gifle encore marquée d’un coeur tient par un clou comme la buse sur la porte de la grange

mais quel brouillard en guenilles aux moignons de l’arbre mort

du four à pain qui s’étouffe de concert avec le petit-ramoneur, il est visible que la flûte n’est plus traversière

arc-boutés à tenir le coq au clocher les contreforts dérapent dans des vomissures pleines de confettis en rigole,  relents d’ivresses cuvées

autour de la cabane, au jardin-potager  les cloches de verre ne masquent plus le laid tu, l’épais tient le cap, le louche planté à la verticale

ici, avant la grande croisade des chevaux tiraient l’algue du lisier dans la clarté du rire d’enfants bien en vue,  collés  à cache-cache d’un franc-jeu

comptine et ronde, à cloche-pied, jacques-à-dit, le premier qui rira…

Niala-Loisobleu – 27/01/18

 

QUAND LA POCHE TEND SON CAILLOU


 

Anna Kapustenko 56

QUAND LA POCHE

TEND SON CAILLOU

 

Passerelle

tremblement du ballant

un singe peut aussi faire le pont

quand il ne reste plus de branches aux arbres

Dans les fougères à l’abri

la fraîcheur se tient tapie

un autre monde vît

au-dessus des affaires

nu intègre râle

bien à l’écart

Les fourmis se promènent sans culottes

les papillons sont topless

et sans chaussettes vont bon train les mille-pattes

comme les abeilles

qui jamais

bien que passant des montagnes

ne mettent de cache col

Un monde ailleurs

où le plus rien prospère

Reste toujours une fleur

que les boutonnières ignorent par bonheur

Vase au marais

ne cage jamais

les grenouilles sautent comme des lapines

sans glas pied

D’entre l’ajonc et l’iris

plus d’un nez d’air a pu fuir l’ô rayé

libre

à travers seins

et la couette des pores

que les soies et les martres m’aiment

au bout d’un manche nageant dans le bleu

poils

toilent

les mâts t’las pour tout sortir des lies

Gypse d’ongles sans vernis

l’étoc granite ses paumes

lieu où bar nagent à côté des aquariums

ronds comme des poissons-lunes

qu’un zinc a fait Petit-Prince un jour ou l’Antoine exaspéré des hommes

a choisi de les rejoindre au plus profond de l’ô

S’il est un voeu

qui serait-ce en deux hors de Toi ma Muse ?

Niala-Loisobleu – 15 Janvier 2018

D’UN TOI QUI PENCHE


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D’UN TOI QUI PENCHE

 

Par les lames du volet qui baille, des fins d’odeur quittent les draps de la nuit. A partir du menton le froid commence à se faire sentir. Un rêve en morceaux balance au bout de la lampe du plafond. Le miaou matinal d’un glissement de poils passe entre les jambes du portique du jardin. Sur la table non débarrassée, entre des assiettes et un verre renversé, la feuille vierge penche un oeil alléchant sur le plein et délié de l’encrier. Séduction, séduction, marmonne l’inspecteur du roman policier qui tient l’enquête en haleine sur la table de nuit. Les lunettes auront-elles suffisamment de vision pour faire avancer les questions qui dérangent ? Cette silhouette qui fuit quand je l’interpelle a des allures d’enfant qui se cherche. Une ronde en musique amène à rapprocher les mains pour danser au chant du coq qui a échappé à la broche du clocher. Si la lune ne veut pas quitter son coin de ciel, faut pas la chasser. Elle porte sur sa faucille le désir de couper la part du mauvais de la vie. Un rêve ne peut devenir un pêché malgré tout le danger qu’il présente pour la raison. L’idéal, voilà le noeud de la ficelle à laquelle le cerf-volant est accroché. Ce n’est pas la panacée d’un monde qui porte le mal sans jamais le soigner. Je vois malgré tout des embarcations prêtes à narguer les zoos. Ce qu’il restera toujours d’odeur dans ma mémoire ne pourra demeurer prisonnier derrière les grilles de l’indifférence. La hauteur des marches à franchir tient la rampe pour se tenir à l’écart  du vide. Et le peu de jasmin que je garde au né, arrive m’aime à passer par-dessus celle de la merde, comme la folle espérance jetée à la face des salopes du quotidien jamais à l’arrêt.

Niala-Loisobleu – 14 Janvier 2018

Cuando la pena cae sobre mí
Quand il tombe sur moi
el mundo deja ya de existir,
le monde cesse d’exister et,
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos
entre mes souvenirs
Para encontrar la niña que fui
Pour trouver la fille que j’étais
y algo de todo lo que perdí
et certains ont tout perdu
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos
entre mes souvenirs

Sueño con noches brillantes al borde
nuits lumineuses dorment avec le bord
de un mar de aguas claras y puras
une mer d’eaux claires et pures
y un aire cubierto de azahar.
fleur d’oranger et un air couvert.

Cada momento era especial
Chaque moment était spécial
días sin prisas, tardes de paz,
jours sans hâte, les soirées de la paix,
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos.
parmi mes souvenirs.

Yo quisiera volver a encontrar la pureza
Je nouveau trouver la pureté
nostalgia de tanta inocencia
nostalgie tant d’innocence
que tan poco tiempo duró.
qui a duré si peu de temps.

Con el veneno sobre mi piel
Avec le poison sur ma peau
frente a las sombras de la pared
ombres contre le mur
miro hacia atrás y busco
Je regarde en arrière et regarder
entre mis recuerdos,
entre mes souvenirs,
vuelvo hacia atrás y busco
retour en arrière et regarder
entre mis recuerdos.
parmi mes souvenirs.

Y si las lágrimas vuelven
Et si les larmes de retour
ellas me harán más fuerte.
ils vont me rendre plus fort.

LA VIE, L’AMOUR 1


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LA VIE, L’AMOUR 1

Je vois du même œil que Toi. Les arbres ont énormément grandis depuis que nos essences se greffèrent par entité au jardin de nos deux portes.  Je déteste toujours autant Noël que la première fois qu’il ne nous a pas réuni. A ce propos, le retour du fils prodigue a rejoint le coup foireux de ses deux frères.Les champs gardent le climat qui diffère, avec quelque sang identique dans l’origine locale, pour la bordure du terrestre et du maritime, enfin l’accent en rapport avec ce qu’on met dans les verres. Chacune des portes se tient constamment ouverte à l’Autre, quelque soit le temps. De violents orages n’ont pu faire perdre leurs clefs, pas plus que les canicules n’ont pu les faire fondre au bout du long couloir qui les unit. Je passe sur les coupures, plus longues que le plus petit patchwork bariolé de morceaux cousus les uns aux autres. Nous avons voyagé à travers le monde. Moi surtout. A pied, à cheval, surtout en vélo le caillou dans la poche et le sable dans le bocal. Le Cosmos en fait nous a adopté, en tant qu’enfants apatrides de la planète taire. Le ciel et ses grands oiseaux de métal ayant à tout propos déroulé le volant de son tapis. Le cheval est partout. Tu t’y tiens en croupe les deux bras en rênes à ma taille. Inépuisable il ne fatigue pas au premier virage. S’il avait un compteur kilométrique..j’te dis pas, il foutrait sans doute la raclée à tes courses pédestres. Et les petites maisons blanches comme elles aiment le bain de mère. On ne conte leurs enfants qu’à l’encre bleue. Accrochées les unes aux autres à la montagne, elles transpirent de l’étoile quand le soir dans le patio les guitares grimpent aux étages. Plus gitans que nous tu clamses.

La Verite Vous Rendra Libres

Tu es lampe, tu es nuit:

Cette lucarne est pour ton regard,

Cette planche pour ta fatigue,

Ce peu d’eau pour ta soif.

Les murs entiers sont à celui que ta clarté met au monde,

Ô détenue, ô
Mariée!

René Char

 

Pendant ce temps là les nains ont grouillé d’une politique d’autruche à un retour au monarque. On s’est débattus, c’est propre à notre genre qui n’a pas attendu pour se mettre en marche. Ma foi, dans le fond à part le fait qui s’écoute que lui, le roi nouveau, il démérite pas de la France, elle a ce qu’elle mérite. Tu sais plus je vieillis plus ma peinture rafraîchit, je fais plus d’jeun’ m’a-t-on dit. Ce qui savent pas c’est que je tiens accroché à tes seins par ma ventouse buccale. Quand viendra le jour, j’aurai pris assez de quoi t’attendre. Les bois sans soif, t’en a plein autour de chez Toi, c’est pour te tenir au creux que tu t’y réfugies. Ce creux qui n’a jamais trahi notre protection. Je n’ai que du bleu à te dire, du bleu, du bleu et toujours du bleu ma Vie, mon Amour ! Je peins plus par folie que par n’importe quelle raison intéressée, je commence cette nouvelle série comme pour marquer l’année nouvelle dans laquelle je viens d’entrer.

Niala- Loisobleu – 1er Décembre 2017

 

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La Vie, l’Amour 1 – 2017 – Niala – Acrylique s/Canson marouflé, encadré s/verre 40×50

L’Inventeur de L’Amour


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L’Inventeur de L’Amour

D’une tempe à l’autre

le sang de mon suicide virtuel

s’écoule

noir, vitriolant et silencieux

Comme si je m’étais réellement suicidé

les balles traversent jour et nuit mon cerveau

arrachant les racines du nerf optique, acoustique, tactile – ces limites –

et répandant par tout le crâne une odeur de poudre brûlée

de sang coagulé et de chaos

à mon propre déséquilibre

C’est avec une élégance particulière

que je porte sur mes épaules

cette tête de suicidé

qui promène d’un endroit à l’autre

un sourire infâme

empoisonnant

dans un rayon de plusieurs kilomètres

la respiration des êtres et des choses

Vu de l’extérieur

on dirait quelqu’un qui tombe

sous une rafale de mitraillette

Ma démarche incertaine rappelle celle du condamné à mort du rat des champs de l’oiseau blessé

Comme le funambule suspendu à son ombrelle

je m’accroche

Je connais par cœur ces chemins inconnus je peux les parcourir les yeux fermés

Mes mouvements

n’ont pas la grâce axiomatique

du poisson dans l’eau

du vautour et du tigre

ils paraissent désordonnés comme tout ce qu’on voit pour la première fois

Je suis obligé d’inventer une façon de me déplacer de respirer d’exister

dans un monde qui n’est ni eau ni air, ni terre, ni feu

comment savoir d’avance
Si l’on doit nager voler, marcher ou brûler

En inventant le cinquième élément le sixième

je suis obligé de réviser mes tics mes habitudes, mes certitudes

car vouloir passer d’une vie aquatique

à une vie terrestre

sans changer la destination

de son appareil respiratoire

c’est la mort

La quatrième dimension (5e, 6e, 7e, 8e, 9e) le cinquième élément (6e, 7e, 8e, 9e, 10e, 11e) le troisième sexe (4e, 5e, 6e, 7e)

Je salue mon double, mon triple

Je me regarde dans le miroir

et je vois un visage couvert d’yeux

de bouches, d’oreilles, de chiffres

Sous la lune mon corps projette une ombre une pénombre un fossé un lac paisible une betterave

Je suis vraiment méconnaissable

J’embrasse une femme sur la bouche

sans qu’elle sache

si elle a été empoisonnée

enfermée mille ans dans une tour

ou si elle s’est endormie

la tête sur la table

Tout doit être réinventé il n’y a plus rien au monde

Même pas les choses

dont on ne peut pas se passer

dont il semble

que dépend notre existence

Même pas l’aimée cette suprême certitude

ni sa chevelure

ni son sang que nous répandons

avec tant de volupté

ni l’émotion que déclenche

son sourire énigmatique

chaque après-midi à 4 heures

(4 heures

ce chiffre préétabli suffirait à mettre en doute nos étreintes ultérieures)

tout

absolument toute initiative humaine

a ce caractère

réducteur et prémédité

du chiffre 4

même certaines rencontres fortuites les grandes amours, les grandes les subites crises de conscience

Je vois le sang crasseux de l’homme plein de montres, de registres d’amours toutes faites de complexes fatals de limites

Avec un dégoût que je finis par ignorer je me meus parmi ces figures toutes faites

connues à l’infini

hommes et femmes chiens, écoles et montagnes

peurs et joies médiocres révolues

Depuis quelques milliers d’années on propage

comme une épidémie obscurantiste l’homme axiomatique : Œdipe

l’homme du complexe de castration et du traumatisme natal

sur lequel s’appuient les amours

les professions

les cravates et les sacs à main

le progrès, les arts

les églises

Je déteste cet enfant naturel d’Œdipe je hais et refuse sa biologie fixe

Et si l’homme est ainsi parce qu’il naît

alors il ne me reste plus qu’à refuser

la naissance

je refuse tout axiome

même s’il a pour lui l’apparence

d’une certitude

A supporter comme une malédiction cette psychologie rudimentaire déterminée par la naissance nous ne découvrirons jamais la possibilité de paraître au monde hors
du traumatisme natal

L’humanité oedipienne mérite son sort

C’est parce que je ne me suis pas encore détaché du ventre maternel et de ses sublimes horizons que je parais ivre, somnolent et toujours ailleurs

C’est pour cela que mes gestes semblent interrompus, mes paroles sans suite mes mouvements trop lents ou trop rapides contradictoires, monstrueux, adorables

C’est pour cela que dans la rue rien, pas même le spectacle infamant d’un curé ou d’une statue ne m’irrite davantage que de croiser un enfant

Si je passe mon chemin

c’est que le tuer serait un geste

déjà fait et trop vague

Je préfère être parmi les gens comme un danger en suspens plutôt qu’un assassin

comme un provocateur de longue agonie

De cette position non-œdipienne

devant l’existence

je regarde d’un œil maléfique et noir

j’écoute d’une oreille non acoustique

je touche d’une main insensible

artificielle, inventée

la cuisse de cette femme

dont je ne retiens ni le parfum

ni le velours – ces attractions constantes

de son corps magnifique – mais l’étincelle

électrique, les étoiles filantes de son corps

allumées et éteintes une seule fois

au cours de l’éternité

le fluide et le magnétisme de cette cuisse

ses radiations cosmiques, la lumière

et l’obscurité intérieures, la vague de sang

qui la traverse, sa position unique

dans l’espace et le temps

qui se révèle à moi sous la loupe

monstrueuse de mon cerveau

de mon cœur et de mon souffle

inhumaine

Je n’arrive pas à comprendre

le charme de la vie

en dehors de ces révélations uniques

de chaque instant

Si la femme que nous aimons ne s’invente pas sous nos yeux

si nos yeux n’abandonnent pas

les vieux clichés

de l’image sur la rétine

s’ils ne se laissent pas exorbiter se surprendre et attirer vers une région jamais vue

la vie me semble une fixation arbitraire à un moment de notre enfance ou de l’enfance de l’humanité

une façon de mimer

la vie de quelqu’un d’autre

En effet, la vie devient une scène

où l’on interprète
Roméo,
Caïn,
César et quelques autres figures macabres

Habités par ces cadavres

nous parcourons comme des cercueils

le chemin qui relie

la naissance à la mort

et il n’est pas étonnant

de voir surgir

du cerveau abject de l’homme

l’image de la vie après la mort

cette répétition, ce déjà vu

cette odieuse exaltation du familier

et de la contre-révolution

Je hume la chevelure de l’aimée et tout se réinvente

Humer la chevelure de l’aimée

avec l’idée subconsciente et dégradante

de l’embrasser ensuite sur la bouche

de passer des préliminaires à la possession

de la possession à l’état de détente et de celui-ci à une nouvelle excitation résume toute la technique limitative de ce cliché congénital qu’est l’existence
de l’homme

Si en exécutant cet acte simple : humer la chevelure de l’aimée on ne risque pas sa vie on n’engage pas le destin du dernier atome de son sang et de l’astre le plus lointain

si dans ce fragment de seconde

où l’on exécute n’importe quoi

sur le corps de l’aimée

ne se résolvent pas dans leur totalité

nos interrogations, nos inquiétudes

et nos aspirations les plus contradictoires

alors l’amour est en effet ainsi que le disent les porcs une opération digestive de propagation de l’espèce

Pour moi, les yeux de l’aimée sont tout aussi graves et voilés que n’importe quel astre et c’est en années-lumière qu’on devrait mesurer les radiations de son regard

On dirait que la relation de causalité

entre les marées

et les phases de la lune

est moins étrange

que cet échange de regards (d’éclairs)

où se donnent rendez-vous

comme dans un bain cosmique

mon destin

et celui de l’univers tout entier

Si j’avance ma main vers le sein de l’aimée je ne suis pas étonné de le voir soudain couvert de fleurs

ou que tout à coup il fasse nuit

et qu’on m’apporte une lettre cachetée sous mille enveloppes

Dans ces régions inexplorées que nous offrent continuellement l’aimée

l’aimée, le miroir, le rideau la chaise

j’efface avec volupté

l’œil qui a déjà vu

les lèvres qui ont déjà embrassé

et le cerveau qui a déjà pensé

telles des allumettes

qui ne servent qu’une seule fois

Tout doit être réinventé

Devant le corps de l’aimée

couvert de cicatrices

seule une pensée œdipienne

est tentée de l’enfermer

dans une formule sado-masochiste

seule une pensée déjà pensée se contente d’une étiquette d’une statistique

J’aime certains couteaux

sur lesquels l’emblème du fabricant

ressuscite dans l’humour

les vieilles inscriptions médiévales

J’aime promener un couteau sur le corps de l’aimée certains après-midi trop chauds où j’ai l’air plus doux inoffensif et tendre

Son corps tressaille soudain comme il le fait toujours lorsqu’il me reçoit entre ses lèvres comme dans une larme

Comme si j’avais laissé traîner

ma main dans l’eau

pendant une promenade en barque

sa peau s’ouvre de chaque côté du couteau

laissant glisser dans sa chair cette promenade onirique de sang que j’embrasse sur la bouche

Je vois d’ici

le cerveau satisfait de l’homme qui me dénonce à la psychologie comme vampire

Je vois d’ici dans d’autres après-midi

quand mon amour est une flamme

égarée dans sa propre obscurité

poursuivi par sa propre inquiétude

se lançant à lui-même des pièges souples

et déroutants, des questions

et des réponses simultanées

de longs corridors

des escaliers tournant à l’infini

des chambres murées dans lesquelles

je me suis tant de fois suicidé

une végétation sauvage, un fleuve

je vois d’ici les circonvolutions

simplificatrices, orgueilleuses

et cyniques

qui découvrent en moi un narcisse encore un narcisse, encore un fétichiste un scatophage ou nécrophile ou somnambule ou sadique, encore un sadique

Avec une volupté secrète et inégalable qui rappelle l’existence travestie du conspirateur et du magicien

je prends la liberté de torturer l’aimée de meurtrir ses chairs et de la tuer sans être sadique

Je suis sadique exactement dans la mesure où l’on peut dire : il l’a tuée parce qu’il avait un couteau sur lui

J’ai sur moi une psychologie sadique

qui peut me surprendre

en train de violenter une femme

mais à cet acte

auquel participe tout mon être

ne participent pas

toutes les virtualités de mon être

Aucun acte ne peut dire son dernier mot mais dans n’importe lequel même dans l’acte le plus élémentaire je risque ma vie

J’aime cette paisible soirée d’été où je regarde par la fenêtre le firmament

Alors que mes yeux se laissent attirer

par une seule étoile

(j’ignore pourquoi je la fixe

avec tant de fidélité)

mes mains fébriles, minces, déroutantes

de vraies mains d’assassin

pèlent une pomme

comme si elles écorchaient une femme

Le sexe en érection

une sueur froide sur tout le corps

respirant de plus en plus vite

je mords le fruit

tout en regardant par la fenêtre

l’astre lointain

avec une candeur de démon

Je ne sais pas pourquoi

je pense maintenant aux deux sadiques

de la végétation

Guillaume
Tell et
Newton

mais si la loi de la gravitation

peut être déduite de la pomme légendaire

de
Newton et l’accélération des mobiles

de la flèche de
Tell

alors mon amour peut être lui aussi

qualifié de sadique

comme toute simplification

mythique et légendaire

J’aime cette aimée inventée cette projection paradisiaque de mon cerveau infernal dont je nourris mon démon

Je projette à l’infini sur sa chair angélique les convulsions, les poisons la colère

niais surtout ma grande

ma terrible passion pour le sacrilège

Cette passion illimitée pour le sacrilège

maintient à la température de la négation

à la température

de la négation de la négation

toute ma haine sans bornes

Ipour absolument tout ce qui existe parce que tout ce qui existe contient dans ses virtualités souterraines un tombeau que nous devons profaner et parce que nous-mêmes à cet
instant

avons la tendance cadavérique de nous accepter de nous axiomatiser

J’aime cette femme qui de ses veines

si précieuses

me prépare tous les matins

un bain chaud de sang

Après cette toilette élémentaire

de mon démon

je ne reconnais plus rien

même pas mon propre sang

 

Ghérasim Luca
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Ayant perdu la notion des saisons, j’eus l’oreille mordue par surprise par une créole, imbécile j’attendais un pendentif de cerisier. La toile d’attente n’a de mémoire de coureur des mers, jamais raccourci que l’espérance, pas la traversée de l’Atlantique. Comme si le temps où l’on mettait les chansons dans la cire avait pas brûlé aux vols quand dans les transports. Le premier qui rira aura un billet pour une place d’orchestre au diner de cons. Les problèmes de robinets c’est des histoires d’eau pour l’ô tari. Jongleur ça se conjugue à colin-maillard dans la culotte du zouave, comme dit ma soeur. A la trappe le dernier tango je te la corde. J’invente toujours une manière de vivre, en plaçant l’amor au-dessus de tout. C’est dire ma vraie vision affabulatrice que je dissimule sous un sarment dans les vignes de mes vapeurs, ma part des anges.
Niala-Loisobleu 21 Novembre 2017