VOIX DE BICYCLETTE


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VOIX DE BICYCLETTE

Des godasses lacées aux quat’coins des touffes d’herbes, me regardent sans fatigue

plus crottées qu’un lustre de faux-semblant

elles ont des marnes qui collent à la betterave

des macadams fumeux comme un bitume de fourneau de pipe

sans omettre les vis de tous ces escaliers de service qu’elles ont tant de fois tournées à l’envers comme à l’endroit

plaines de craies des vignes tordues que le calcaire entartre aux fossiles

petits chemins planqués à l’abri d’une frise de mûres

couvert d’un pré haut dans une cour de communale

où les osselets des évasions dansent point macabres

de temps à autre en plein chant au pupitre

école des filles et colles des garçons

une petite gare plantée au travers d’une vague d’épis

rouge bleuet bleu coquelicot

folle avoine

voies secondaires

roulis d’un boulonnais ouvrant le ventre de la terre d’un coup de soc être

chaussettes en accordéon dans la tête ailleurs

des boutons de culotte dans les batailles

puis moins ludiques ces jeux d’adultes comme y disent

où que les grenades sont séparées des arbres en vergers

et des frères par un côté blanc et un côté rouge

une tranchée au beau milieu d’un assaut de mites railleuses

qui ne laisse que des alignements de croix blanches

souvent anonymes comme une flamme qu’on doit rallumer tous les matins

et en corps qui s’en souvient

de quoi ça à pu servir de donner sa vie

les grandes forêts où mon grand-père puis mon père

vivaient insoumis en francs-tireurs pour pas perdre leur image d’hommes

c’est qu’on y tenait à sa dignité d’exister

quand le ventre refuse

y donne des ruades sans savoir lire verboten

mais dans mes godasses y a plein d’espadrilles qui font les moissons

pendant les grandes vacances où que les dunes dressent leurs oyats

face à la mer et à toute la famille

tout au long des côtes sauvages à bronzer intégral

pieds nus

la p’tite Zézette et le Titoeuf sans culottes

j’aime pas les bottes

elles ont un bruit qui explose dans mon coeur

en écrasant toujours le sang à renfort de wagons dans les plis des chemises noires

qui arrachent les enfants comme de la mauvaise herbe

lessivent au gaz

bouillent l’innocence dans des crématoires

laissant les habits à rayures sécher au bout d’une corde

mais voilà les galoches qui sentent bon le bois

elles faisaient un somme dans les toiles d’araignées du grenier où j’habite

avec ma boîte à couleurs

mes plumes

mon encre

mon bateau en papier

les bassins du Luxembourg et des Tuileries

et sur le pont mon Capitaine

qui se tient sur la grand roue d’un vélo dépassé par les événements

Au revoir cabane, bonjour le Nouveau Jour

Niala-Loisobleu – 18 Mai 2018

 

VIE PRIVEE 39 –  JE SUIS INCOMPATIBLE


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VIE PRIVEE 39 –  JE SUIS INCOMPATIBLE

Moins d’un an est passé depuis le 38 de ma Vie Privée, c’était le 18 Juin 2017. Jour d’Appel. N’empêche qu’à un jour près du n’importe lequel où tu reviens dans ton existence, en pas une heure tu peux la voir se retourner. Monsieur de La Pallice 1 minute encore avant de mourir il était vivant…

Il y a un an j’errais dans mon échec électoral, le Macron avait gagné, bien que cela ce soit fait sans surprise, de le savoir au pouvoir j’en trouvais plus l’endroit où poser mes pieds. Rien depuis n’est venu me contredire, je m’étais pas trompé. Personne n’y comprendra quelque chose, mais de pas me tromper en fait ça ne m’arrive jamais – dit sans prétention – sauf sur moi-même où régulièrement je me plante. Il y a toujours l’amour qui soulève et qui crac, boum, pu, me pète à la gueule un beau matin, comme on raccroche d’un coup sec au prétexte d’un reproche. J’ai la vue basse sur ce que je dois réellement être. Au vu de ce que je récolte c’est manifeste, disant toujours que ce qui aime donne et ce qui n’aime pas demande. J’ai rien d’mandé…Mais pas de doute aujourd’hui comme avant, ce que j’ai donné c’était pas ce qu’on attendait de moi. Je suis le salaud qui s’ignore. Je vais pas faire de procès. C’est fini, ça m’a coûté 3 fils, je suis pas partant pour aller au devant d’une nouvelle défaite. Il me reste à analyser mon concept de la poésie. Il ne me reste qu’elle. Je dis depuis longtemps, surtout quand je clame l’hypocrisie de langage et de comportement de ce monde que seule elle pourra sauver le monde. Le doute m’assaille. Si on triche avec elle comme avec le quotidien ? Où est l’espoir ? Je suis carré, donc incompatible avec ce monde. Tout le problème se trouve là et pas ailleurs. J’ai eu tort de lasser paraître la série noire qui me colle aux basques. Seulement, rompu à aider les autres à sortir des leurs, je sais trop bien qu’en parler est le seul moyen de l’évacuer. Surtout quand on n’en gémis pas. Alors si le crabe et la cabane dérangent ça n’a pas été volontaire, mais ne regrette rien. Au fond moi je me sens propre.

Niala-Loisobleu – 16 Mai 2018

 

 

AUTREMENT


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 AUTREMENT

 

A l’aube, les yeux dans l’éboulis, le rai force
levier qui voit bien les cercles concentriques de l’épervier
il glisse à passer, en appui sur un minuscule caillou pour point de levage.

Le vent a sorti ses sorcières
un immense charivari claquemure, déracine et envoie les volets au rabat
corps à corps de l’allumage avec le coupe-circuit

Autrement ce qui oui fait non
l’ouverture tourne au double-tour
Autrement le soleil tombe à seaux
Autrement le baiser mord
Autrement l’arbre dressé s’abat de tout son long sur la voix
au tressauté de sanglots le sol déchire la clef de l’apporté

Et au bout d’une tuile romane l’arrondi se raidit à briser l’arêtier
un déversoir perforé de balles noie le chien dans le bond de son jeu
la marche-en-avant dévisse, désencordée de l’ascension
l’à-pic arrête le truc à plumes en haut du grand escalier

Autrement dit
Autrement fait
Le même geste a changé de sémaphore
Le même mot prend l’accent du tant qui fait

Autrement
assis sur le tapis
la main sur la manivelle
bleue
fait chanter la montée du chevalet
ô rangé
il était une foi les couleurs complémentaires…

 

En réponse: https://lireditelle.wordpress.com/

 

Niala-Loisobleu – 2 Mai 2018

LA BOÎTE A L’ÊTRE 37 – BON JOUR ALORS


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 37

BON JOUR ALORS

Des chemins d’eau sortent aussi bien des crues que des tarissements

le caillou ne trempe pas toujours au sel

et l’humide peut se cacher derrière la ligne de flottaison

non embusqué

juste le temps qu’il lui faut de sourdre à nouveau

A l’étiage mes pinceaux et moi

on a planté notre atelier-jardin

des iris au liseré du palier

quelques canards plus amoureux que jamais

et des ondes en ronds excentriques

Au vent

quand le temps est au souffle

la toile de lin bande des quatre coins

quelque nouvelle histoire d’amour

d’un jour de vie ajouté à la suite des autres

Ne sommes-nous pas la suite de nous ?

Bien sûr que si

et m’aime sans savoir écrire

Certains ont avec la craie leur langage

d’autres trouvent à tremper leurs mots aux éclairs des orages

plus enclins à faire tonner le ton

beaucoup se taisent à l’abri d’un pied de mur

monté en pierres de suspension

C’est ainsi qu’aux almanachs des sentiers on voit des oiseaux de toutes les couleurs

ils font le jour la semaine et les mois

chacun tout seul ou tous ensemble comme un kaléidoscope.

qui tourne en toupie

au son d’un orgue de barbarie

que des enfants percent pour y accrocher leurs rondes

Je suis enfant père

je suis le buisson la forêt et le désert

je suis la femme mère de mes landes et chemins douaniers

senteurs bruyères de mauves parfums où vient le sébum des racines

je suis rien qui sert je suis tout ce qui serre

Mes doigts braillent l’alphabet de ton émotionnel partage

lisant pore après pore le chemin de tes attentes

sans idées tordues

sans dessein indécent

que de la folie d’aimer

naïvement

infiniment

parce mon air à moi c’est de te respirer uniquement

Bon Jour alors !

Niala-Loisobleu

24 Octobre 2014

 

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A Barbara pour en finir avec le snobisme intello tout court


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A Barbara pour en finir avec le snobisme intello tout court

Bonjour Barbara,

Comme je peins je pense et vive et versa, ton propos sur le snobisme littéraire m’ayant voyagé les boules, je prolonge au-delà en entrant dans le bisness de la pensée unique mise en scène par la mode en matière d’Art et de Culture.

La gigantesque SOUPE AUX SOUS…qui nous dicte notre conduite de pensée au prompteur.

Niala-Loisobleu – 16 Avril 2018

GLOSE – PROSE

Mon chien s’appelle Sophie et répond au nom de Bisouie. C’est plus gentil ? Et le baiser est moins solennel que la sagesse. Vous me la baille/, belle avec vos querelles de langage. Les
peintres sont voués à la couleur : les poètes se défendraient-ils d’être voués aux mots? Mais sémantique, rhétorique, vous croyez à cela. vous.
Mos-sicu ? P’têt’ ben qu’oui. Calembredaine ? Jardinier, encore un mot de germé. Bonne chance et fouette cocher ! D’accord : ça ne nourrit pas son homme… Qui mange le vent de
sa cornemuse n’a que musique en sa panse. Déjà, ce n’est pas si peu.

La vérité ne se mange pas ? La musique non plus. Mais je dis. moi. que la poésie se mange. Ici. des mots seuls on vous jacte et ce n’est pas encore poèmes : mais enfin, des
poèmes, qui sait où ça commence…

Les mots, disait Monsieur Paulhan. sont des signes, et Mallarmé, lui. que ce sont des cygnes. Ah. beaux outils, les mots sont des outils, rabot, évidoir. herminette. gouge, ciseau.
Ainsi, les formes naissent, portant la marque de l’outil et je retrouve à la statue ce joli coup de burin. Et je retrouve à la pensée ce délicat sillon du verbe. Tudieu.
quelle patine ! Quel héritage, quelle usure, quelles reliques de famille ! Quelle Jouvence et quel arroi. Des taches de sang, des coulées de verjus. Des traces de larmes : et les
sourires n’en laisseraient-ils pas ? En veux-tu de l’humain. en voilà. Ce n’est pas de petite bière (de bière, fi) mais de cuvée haute en cru. Venus de toutes parts au
monde, agiles comme des pollens. Ici. les monts de Thracc et là les rudesses picardes : et là le miel attique et l’Orient avec ses sucs. Des graillons, des flexions, des marées,
puis un petit vent coulis, un soudain carillon de voyelles. Boissy d’An-glas. Quant au tudesque. zoui pour le bouffre mol : lansquenet (toujours hérissés ces tudesques) qui fait la
pige au mot azur. Mais en français, d’expression, pas trop n’en faut. Subtil ! Holà, germain, hors je te boute en ta grimace. D’expression, oui-dà. mais de race. Et de
décence. En tapinois quand il sied, mais en grande clarté si c’est l’heure. J’y reviens, mon frère qui respires, as-tu déjà pensé au spacieux mot : azur?

Ainsi les mots naissent, les mots durent, les mots se fanent et reverdissent. Des moissons, des vendanges, des forêts, des familles, des nids de mésanges et des couvées de
minéraux. Fluide, flot, flamme, fleur, flou, flèche, flûte, flexible, flatteur… vous entendez ces allusions, vous reconnaissez cette lignée. Mais le génie
français est réservé : il caresse l’harmonie imitative. Mais il décrit un chien sans marcher à quatre pattes.

Et tu voudrais que ça ne bouge pas. les mots, alors que tout bouge, on le sait (par un cuisant savoir). Chausse un peu tes besicles, professeur, et dis-moi ? Il répond que le mot est
le serviteur de l’idée. Bon. mais voyez-vous ce maire du palais qui guette le pouvoir?

O français, mon amour, terreau de notre terre, il fait bon le respirer et voir monter tes jeunes pousses. Le sécateur du bon jardinier menace les branches folles et rien pourtant
n’est mystérieux comme un jardin à la française.

Ah. ce jourd’hui si nous quittions la noble allée pour vaguer au bois-joli ? Plonge un peu ton gourdin dans une fourmilière. Quel cafouillis. quelle panique ! Tant pis. l’ordre
viendra plus tard et si nous repassons dans une miette de temps, nous verrons l’insecte acide qui refait des sentiers nouveaux et porte sur l’épaule ces gros sacs de farine. Dis, quel
navire est arrivé ?

De toute cette fièvre, tirons le mot «bélître». Moi. je vois un gros méchant mou du genre soudard, du genre bouffre de bouffre, aurait dit mon Jarry. et
coitlë d’un casque de zinc, une espèce de quintuple pinte renversée. Le beau chapeau bulbeux. Bé… car on convient qu’il est bête (comme Bécassine) et qu’il baye.
A quoi bayerait-on sinon aux corneilles ?

Bien vétilleux ceci. Il faut l’être si l’on veut faire mouche. Truisme. Truisme, entrée de Monsieur de la Palisse. Mort. Monsieur de la Palisse? Bernique. Pantois? Point
davantage. Il est éternel. Et si tu tentes de trucider Monsieur de la Palisse, c’est toi qui restes niquedouille. Bonne Vierge, le printemps, c’est la Palisse lui-même. Et vlan, v’ia
l’printemps ! Allons-nous lui chercher noise ? 11 cache l’été sous ses guimpes. Puis, c’est toujours le grand Temps moissonneur qui passe avec sa justicière. tranchant du baroque
à lame riante comme d’autres feraient ici où les mots sont éclos sous des couvées joyeuses. Ecoutez ces rondes enfantines : le langage s’y fait «petit jeune» comme
les chiots de ma chienne :

Peiit’ Poulotte a v’nu glissou Ses peiiis pieds parmi les mious S os petits pieds se sont mêlous Elle a pris les miens pour les sious. Allons, belle, remettez-vous. Reconnaisse: vos petits
g’noux.

Ou encore :

A dibedi.

Ma crochiribidi

A siripchou

Califtcatchou

A dibedi.

Vous êtes un fou.

Vous plaît-il mieux de puiser à de savantes cornues? Celles de Monsieur Léon-Paul Fargue ont de douces chansons pour les chats :

Il est une bebête,

Ti li petit nenfant

Tir élan

C’est une byronnette

La teste à sa maman

Tire/an

Le petit Tinan faon C’est un ti banc-blanc Un petit potasson ? C’est mon goret C’est mon pourçon Mon petit potasson

Il saut ‘ sur la fenêtre Et groume du museau Pasqu’il voit sur la crête S’amuser les oiseaux

Les savantasses expliqueront pourquoi. Mais le langage enfançon vient de loin. Connaissez-vous le capitaine Las-phrise ? Non ? Messire Marc de Papillon, cadet de Vaubc-rault
«combattant, composant au milieu des alarmes» ? Non ? Un paladin du XVIe siècle et qui. sous Henri III. bouta le Huguenot à travers Touraine. Angoumois. Sain-tonge, Poitou.
Normandie. Dauphiné. Gascogne, grand bonhomme de guerre et grand caresseur de fillettes. Or. le voici, son langage enfançon :

Hé mé, mé, mine-moi, mine-moi, ma pouponne

Cependant que papa s’en est allé aux champs ;

Il ne le soza pas. il a mené ses gens.

Mine-moi donc. Minou. puisqu’il n’y a personne.

Ayant flayé l’œillet de ta lève bessonne. Je me veux regadé en tes beaux yeux luysans. Car ce sont les misoirs des Amouseux en/ans ; Après, je modesay ta gorge, ma
menonne.

Si tu n ‘accode à moi lefolâte gacon.

Guésissant mon bobo, agadé tu es sotte ;

Car l’amour se fait mieux en langage enfançon.

Oui. certes. Les mots-colifichets, et les mots de haute lice, les mots-jabots, mais les mots-éventails, les mots-diamants, les mois-sang, les mots-sève, les mots porteurs de
vérités françaises.

Péguy les connaissait, ces mots bien équarris. ces brebis de pierre blanche et tondus comme il faut de quoi l’on fait de bonne ogive et de robuste contrefort, pourvu que le berger
soit juste :

Et ce n’est pas des bras pleins de dictionnaires

Qui rameront pour nous sur nos derniers trois-mâts.

Et ce n ‘est pas des jeux pleins de fonctionnaires

Qui nous réchaufferont dans ces derniers frimas.

Qu’ai-je encore d’écrit sur mon pense-bete ? « Les mots vont plus loin que la pensée», disait Fargue. Quand le sentiment les suit à pas de loup. Les mots seraient peu
s’ils ne faisaient l’amour. Que l’aède ici besogne. En cite-rai-je ? Mais vous les connaissez, ces mots qui sont de grands amoureux, ces mots séducteurs de mots et qui font de
ravissantes conquêtes. Les souvenirs sont cors de chasse. La fille de Minos et de Parsiphaé. Poissons de la mélancolie. Sur le Noël, morte saison que les loups se vivent de
vent. Le prince d’Aquitaine à la tour abolie.

Et toi. le dur de comprenure. tu sais bien que ma recherche est l’homme. Le voici, traque de mots, charmé de phrases, lourd et séduit de son fardeau de mots, cor.imt ceux-là qui
revenaient de la Terre Promise portant à bâton d’épaules une grappe géante. Le poids de la soif et celui de la beauté. J’en dis trop et j’en dis trop peu. Car tous ces
faiseurs de mots étaient des faiseurs de beautés. Ils faisaient d’abord l’outil. L’outil passe de main en main, se polit, s’arrondit, se patine, s’humanise, se charge de magies.
Sésame, ouvre-toi. De l’or bouillant ! Où sont les poltrons qui n’osent pas plonger leurs bras dans cette cuvée ? De joie. On pensait que j’allais donner un petit cours sur les
insectes, sur la botanique. Non. mon herbier, c’est pour la joie. Et mieux encore, les libellules en plein vent, bien zézayantes, bien dévoreuses.

Mettez un peu d’ordre dans vos idées, insiste un aimable magister. Je veux bien, mais sur quelles mesures ? Et pour habiller qui. ce vêtement d’idées? Des idées, les mots
n’en ont pas tant. Les mots qui ont des idées sont des mots de cuistres. Ou plutôt, les idées, ça leur vient comme au pommier la pomme, comme à la fille le bes-son. Les
aventures du langage. Honneur de l’homme, honneur de l’homme et mille grâces.

Qui les fait ? Oh. pas les escogriffes à la mislenflute qui les mettent à coucher dans des lexiques. Sinon, c’est aussi les herbiers qui feraient la rose ou l’ancolie. la sauge, le
fenouil et la feuille de platane, sève et parfum compris.

Ils sont comme les enfants, les mots : ils ont besoin de jouer quand ils sont jeunes. Villon, beau charmeur de vocables verveux, leur laissait la bride sur le cou. Leur plaisait-il de
jargonner. de parler coquillard ?

Joncheurs, jonchons en joncherie

Rebignez bien où joncherez.

Qu ‘Ostac n ’embroue votre arrerie

Où accolés sont vos aisnez.

Poussez de la quille el brouez

Car si tosl seriez roupieux.

Ferons-nous pas confiance au loyal écolier tout cousu de cicatrices et qui avait le goût des évidences : Je congnois bien mouches en lait, je congnois au pommier la pomme, je
congnois tout fors que moi-même. Sagesse toute veloutée de moelle, fontaine de miel où ferait bien de se pencher la soif de nos squelettes à stylos. Mais de tels vignerons
la race serait éteinte ? Voire. Queneau Raymond est bien de la famille :

les eaux bruns, les eaux noirs, les eaux de merveille les eaux de mer, d’océan, les eaux d’étincelles nui lent le jour, jurent la nuit chants de dimanche à samedi

les yeux vertes, les yeux bleues, les yeux de succelle les yeux de passante au cours de la vie les yeux noires, yeux d’estanchelle silencent les mots, ouatent le bruit

eau de ces yeux penché sur tout miroir

gouttes secrets au bord des veilles

tout miroir, toute veille en ces ziaux bleues ou vertes

les ziaux bruns, les ziaux noirs, les ziaux de merveille.

Pensez-vous que c’est avaler des couleuvres? Pitié, alors : c’est que Polymnie ne vous a point souri.

Mais retournons à nos moutons. Connaissez-vous le répertoire des livres de Saint-Victor dont Pantagruel découvrit la librayrie en Paris dès sa venue :

Le Maschefain des advocats.

Le Clacquedent des maroufles.

La Cahourne des briffaulx.

La Barboltine des niarmiteux.

La Martingalle des fianteurs.

Le Limasson des ri masseurs.

Le Ramoneur d’astrologie.

Et ceci est d’importance, puisque l’inscription sur la grand’Porte de Thélème :

Cy n ‘entrez pas. vous rassotez mastins

Soirs ni matins vieulx chagrins et ialotix…

Cy n ‘entrez pas. hypocrites, higotz.

Vieulx matagotz. marmiteux boursouflez…

Cy n’entrez pas avalleurs defrimars…

Puis, prenant en croupe ceux que le curé de Meudon délecte, ricochons vers Monsieur Epiphane Sidredoulx. Président de l’Académie de Sotteville-lès-Rouen. Correspondant
de toutes les Sociétés savantes et autres, et dont l’honneur fut de dépoussiérer, en l’an 1878. cette précieuse « Friquassée Crotestyllonnée des antiques
modernes chansons, et menu Fretel des petits enfants de Rouen remis en beau désordre par une herchclce des plus mémoriaux et ingénieux cerveaux de nostre année 1552.»
O, ouez :

Mon coutel s’en vient pleurant

Il a seruy ung gros truand

A liau. à liau. à liau

Pinche me lingue

De toc et de lepingue

Ri ri bouillette

Au port morin laisse may dormir

Il est temps de laver nos escuelles.

A la bouille bouille caudière. Dans la danse desfoureux. Il n ‘est d’âme que nous deux.

Piaille, moineau, tu es englué. Et raison, dit Janotus. nous n’en usons point céans (Rabelais). Ah ! toute une géniture de bon sang français et Molière est de
connivence… j’aime mieux ma mie. o gué. Sais-tu maraud que ta bique va braire si tu lui bailles des «céréales» au lieu de picotin.

Vielleux, vielleux, veux-tu du pain ?

Nanny Madam’ je n’ai point faim.

Mais vous avez qui vaut bien mieux

Ma guiante. guienne. guioly dame.

Vielleux, vielleux, veux-ty du lard ‘.’

Nanny, Madame, il est trop char…

Ayons encore sol en sébile et fiferlins aussi. Et qui mieux est : verjus en cave. De bonne coulée, bénéfique aux cœurs.

« Le drame des mots, me confiait un farfelu de mécanique, c’est de n’être pas bons à tout ; on ne sait jamais où il faut mettre cette vermine. Les chiffres, eux,
veulent tojours dire la même chose. Pas de surprise. Tandis qu’avec les mots, il faut s’attendre sans cesse à des miracles. »

Mon petit doigt me l’a dit, ces miracles-là ont l’humeur capricieuse. C’est comme l’esprit qui souffle où il veut. Quand il souffle du côté d’Henri Michaux, ce n’est pas
pour gonfler la vessie d’un rassoté. mais pour dire les choses : les vivaces, les tortueuses, les véridiques. L’Ennemi n’a qu’à bien se tenir :

Il l’emparouille et l’endosque contre terre;

Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle;

Il le pralèle et le libucque et lui bonifie les ouillais

Il le tocarde et le marmine.

Le manage râpe à ri et reipe à. ra.

Enfin il l’écorcobalise.

L’autre hésite, s’espudrine, se délaisse, se torse et se

ruine.

C’en sera bientôt fini de lui.

Laissons ainsi pour mort cet «emparouillé». Que ne t’assommc-je. Mère Ubu. proférait un grand de la terre. La musique des sphères nous joue d’un autre flageolet.
Après riposte et coups fourrés tirés de part et d’autre, où les victimes criaient comme des cabestans, diverses voix se décèlent. Maintes se baignent dans leur
auge. Mais ceci n’est le fait que de haut allemand et le langage françois garde toujours sa fleur de modestie et même en la ripaille.

Qui donc se court sur l’haricot dans cette équipée ? Queneau. Michaux. Rabelais. Merlin Coccaie certes. El Bruscambille et Tabarin. Turlupin. Jarry, Coquillan. Vadé. fameux
boisseau de puces et n’est d’étoile fixe qui ne se gratterait si on le déversait sur son pelage. Foin, je suis fâché d’en avoir si peu dit. Galimatias fut langue de ces
prolifiques, galimatias et charabias. Regardez avec nous ces vocables monocellulaircs qui abordent lentement sur la berge. Espèces de méduses, espèces d’ammonites, espèces
de moignons, espèces de rauques interjections, espèce d’aboi, de cri, de geste, espèce de mot. Le mot oui et le mot non, c’est déjà la conscience. Et Mes-sire,
aujourd’hui en avez-vous tant que vos belles machines volantes ne servent à vous estourbir la figure? La conscience, ça monte et ça descend comme ludions en bouteille. Silence,
l’heure est venue d’être grave ? Dame oui, on sait qu’il y a du malheur dans la famille. Mais qu’entre deux coups du sort il soit permis de rire, n’est-ce pas d’humaine condition
l’honneur? Trêve d’encyclique et revenons au débat.

Du crâne qui crugit lorsque le vent souffle, suinte mélancolicoliquement le croupissant cresson qui sort de ses orbites (Queneau). Qui rechigne ? Qui n’aime pah les Zavanthures du
lent gage? Toi. Gall…

Gall. amant de la reine, alla, tour magnanime,

Gallamment de l’arène à la tour Magne à Nîmes.

Quel heureux siècle, suggérait Bruscambille. qui avait grand besoin de me rencontrer et moi de le trouver. Or, sus. fonçons. Messieurs, il y en a beaucoup en cette compagnie qui
portent une tête sur leurs épaules sans savoir ce qui est dedans. Vous ? Oui-déa. moi ilou. Si vous m’entendez bien, c’est que je parle français et si la lune est rousse, il
faut quérir le teinturier

Un enfant a dit

Je sais des poèmes

Un enfant a dit

Chsais des poésies

Un enfant a dit

Mon cœur est plein d’elles…

Propos tout saupoudrés de poudre d’escampette – et le poète a pris la fuite. Pas tant qu’il y paraît. Mais il donne une chandelle à Dieu, une autre au Diable. Pour
diablificr à l’enfantine, au fou, à l’espiègle, au mystique, au philosophe qui sont choses proches et consanguines. Ai-je assez loué les comptines :

Quand j’eus fi mon moulin

Si fi si fa si fin

A rec ses quatre-z-ailes

J’alli trover la mer

Pour qu’ell’ m’donnil du vent

Ell’ m’en donna d’si grand qu’il mit l’molin par terre. Avec ses quatre-z-ailes.

Corbleu cette mer qui donne ainsi du vent à qui en veut, ça vous a une allure. O vertes verves !

Argot des champs ou de la Roquette, celui de la Guyane avec son odeur de poivre, fleurs de pouille, orchidées d’eau douce, flûteaux de bergers, racines de Racine. Cela vaut bien le
baiser que je vous envoie.

Géo Norge [Georges Mogin]

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Créé d’Ô


 

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Créé d’Ô

Un matin chassieux qui souffre d’avoir la patte enlisée

s’étire lentement de la nuit.

Ce fut une nuit de chine où les ombres n’ont fait que du porte à porte

au lieu de dragons vomissant du feu des souvenirs défunts. N’en parlons plus, le lapin est cuit.

Mais que cette nuit fut proche d’un matin qui peine, noué aux non-dits

Quand mes rêves prennent la mer c’est pas pour aller à la pêche, mais avec l’intention d’aleviner.

toute la connaissance du noeud marin se met alors en attente de sa capacité à faire des entrelacs.

Le ciel d’amour ouvert

Une jarre plaine

Le ricochet traversant sa voix d’une rive à l’autre

 Ne pas être tendance, juste soi. A la mode qui vient sans besoin de marché. Une enfance passé cherche inlassablement à se rattraper. Les déviances guettent au bord de la route. La tentation du moulin où on se jette par dépit est dessus. Je suis androgyne par nature.

Pour apprendre, en partage de comprendre, de vivre fusionné, de tolérer plus loin qu’un genre.

Rien qui tende homo.

Je n’aurai fait que passer, restant cellule de l’ensemble si j’ai construit. Ce que mon père me donne à vivre a jamais été mort. Ce que l’on m’a privé d’avoir en l’ayant jamais né tape contre la cage de mon ventre pour accoucher.

Je veux être deux en un seul.

Niala-Loisobleu – 15 Mars 2018