Le Soi trouvé au Jardin


Le Soi trouvé au Jardin

 

La chanson qui nous chante

a des accents de vertes fêtes,

des doigts artisans qui lui donnent terre

et des refrains de menthe

à la corde et à la cambrure offertes.

La chanson qui nous chante

a fait provision d’automne.

Elle a établi son abri, sa cabane,

sa carrière silencieuse et aimante

à la craie oubliée et profane

et à l’écurie des hommes.

La chanson qui nous chante

a volé ses mots à la force du vent ému

aux lilas et aux pavots que tout contente

et à la fraîcheur d’un sol de pieds nus.

Devenus arbres sans contraintes

droits et à la sève joyeuse

nous dansons sous des ciels qui voyagent

dévêtus sans hâte aux paravents des nuages

et sans la moindre crainte,

nous tendons loin des mains travailleuses.

Devenus herbes folles et sans âge

sur l’aile nubile d’un air blond

nous nous rêvons et nous nous contons,

la nuque apaisée sur les genoux d’un jardin sauvage

qui veille, tutélaire, sur l’éclatement fécond de la figue

et sur le sanglot grave et profond d’un retour à soi

que désormais tout irrigue.

 Barbara Auzou

P1050638

Le Soi trouvé au Jardin – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 100×100

12 réflexions sur “Le Soi trouvé au Jardin

  1. Comme au fond de la poche où j’ai le caillou, ce matin je n’ai pas pu entrer ici te dire bonjour, pressé que j’étais de le faire dans un bord d’éau à l’abri des regards. Là où quelques oiseaux de jardins ont franchi la destruction massive. Voir deux hirondelles avait une telle importance à mes yeux que je me mis en quête de les trouver. Longtemps j’ai défendu leur nids maçonnés sur ma façade, gardant un fil de téléphone pour qu’elles reprennent leur souffle après la traversée depuis l’Afrique. A présent elles se comptent sur les doigts de la main. Elles disparaissent…il y encore das cet exemple une terrible image de l’amour. Qui le gardera en dehors de nous ? Je ne suis pas inquiet en ce qui nous concerne, mais pour la suite de la vie…
    Avec la force de ton écriture ma Barbara, je trouve du corps à remplacer le synthétique du pigment, peindre à l’amble de tes mots c’est se sentir sauvage au coeur de la steppe. Merci pour galop fantastique !

    Aimé par 1 personne

      • Il n’y a que cette vérité à donner au bonimenteur de service, ma Barbara.

        LA LIGNE DE RUPTURE

        Il s’en faut d’un effondrement, d’une dérive souveraine

        la surface du jeu, l’alternance et l’altération

        c’est la peau du dehors qui se retourne et nous absorbe

        analphabètes pour les feuilles, détachés de tout arriéré scintillant

        qu’on expulse de soi avec la tourbe, les viscères

        et les choses attisées, la nuit, et les hardes de couleurs

        la loupe asphyxie son maître, la fenêtre donne sur le talion

        Le sang sur le mur pour ne pas le voir

        attenante aux travaux des confins l’hilarité comme sa pelle raclait le fond cassait le sens après l’incorporation de la marche à l’étendue œufs couvés par le sable
        et la peur comme si le désert intermittent l’aveuglait

        au couperet de toute balance les éclats du linge et le sang contradictoire

        Acquiesçant pour disparaître, ou revenir, défalqué de la somme

        d’une seule coulée froide quand les parois se sont concertées

        le corps traversé mûrit, le corps appliqué s’élève

        comme si jouait la solidarité du crime

        nous ne nous trompons pas écrivant, n’écrivant que

        les otages jumeaux dont l’intervalle est un masque

        le dur axiome du levain, ce que le soc soulève de futur

        Détruire l’écriture de cet espace oppressif et se perdre en l’écrivant

        pour l’indivision dans le feu contre la léthargie des sources la carrière

        les miettes du festin sont debout sur la nappe irréprochable

        mimant ce qui rend exemplaire son exécration, le je plural et harcelant, décimé

        il se mêle à l’eau limoneuse des parcelles incorruptibles

        dans la chambre coritiguë son sacrifice ou son sommeil, et le reflux

        les blocs appareillés à leur suite, et soustraits à l’interprétation

        Débarcadère de chaque chose et son hermétique fraîcheur

        le tout-puissant affleurement dont tu assures la mobilité

        l’aven comblé nous glissons jusqu’aux bords qui n’existent pas

        une clarté vipérine une chaleur inachevée

        nous sommes seuls, et nombreux, là, attestant une faiblesse de la langue

        l’étalement de la question comme un champ de fleurs

        nous errons dans le froid de plusieurs soleils

        La traversée qui nous scande, la trajectoire qui nous mesure

        glène, au fond de son enroulement, ce qui dormait, et brûle

        depuis que les portes s’ouvrent à ce tremblement de l’air

        exultant de n’être pas l’horizon fossilisé d’un livre

        nous, la mesure de la traversée, la scansion de la trajectoire

        notre discordance convoite une illisibililé clignotante

        alentour il y a le feu qui fait rage et les choses dessinées

        Précipitée du dehors, étant du dehors la force, ou la loi, fourvoyée

        de la masse enchevêtrée des lignes le brusque arrachement qui nous apaise

        dérapage lassitude sur l’anneau consumé nous rapprochant de la courbe déclive

        même enlevé sur une hanche de déesse, même en configurations purifiées

        dans l’espace retourné comme une glace vide véridique

        un éparpillement de l’autre à l’infini jusqu’à l’adéquation du nombre au non-sens

        et le vent qui renâcle et s’épuise dans l’élargissement de la nuit

        Surgir de l’effacement d’une trace illégitime

        nos corps échangés se taisent, grandir est indifférent

        l’orage fraye un chemin parmi les violettes atroces

        allégresse, crève-cœur, du recommencement

        de la limite fractionnée que la perte de la vue transgresse

        dans la vigne où nous commencions d’être ensemble

        les yeux plissés devant une couture sans couleur

        L’exclamation qui courbe la vitre favorise un dernier éclat

        la vitre et le vide afin que leur proie se dessine

        joueur à la lisière du soupçon pour accueillir toutes les versions du geste

        et affilié à ce qui n’est encore que lambeaux d’une gomme anxieuse

        éclairs de chaleur entropie figure au timbre de plus en plus las

        le rocher qui obstrue le sens n’est qu’un nuage désœuvré qu’on traverse

        les blés mûrissent en une nuit, le surcroît de la douleur

        Jusqu’aux ongles jusqu’à leur niaise férocité

        en deçà les courbes grandissent les lignes s’oblitèrent

        dans la logique du récit la pierre désirable1 roule au torrent inintelligible

        inscrite en faux dans le contexte harassé qui la broie

        notre troupe aux termes d’un vieux pacte évaporé

        simplement la terreur d’écrire malgré l’inflexion du soir

        le signe, qui nous force à l’écouter hors de toute saisie

        Fair. ou l’ouvrage persistant, de ses mains taciturnes, de ses mains torrentielles

        il n’y a q u’une barrière .à renverser pour que le proverbe s’érige

        sculpté par la foule, transpirant le vide qui la désaltère

        le brin d’herbe ne dit rien de plus aux dents agacées que ce plus

        qui suspend les hostilités pour jouir

        du seul affleurement qui fonde — le futur, la monstruosité

        tellement tendue que j’éclate

        Sa naissance était de mots très simples et de coups de feu isolés

        sommes-nous la part éloignée de son dénuement le givre furieux le sommeil

        une peau si fine sur le monde qu’elle tient en échec le feu

        s’inscrivant comme un don du soleil au cratère de sa blessure

        la lame — encore qu’il n »y ait rien que l’obscurcissement du soleil

        mais j’aime le goût de la terre en dessous et plus bas la voix féminine

        réfractant la tendresse des hautes parois incohérentes, leur verte fragilité

        Nous marchons avec discernement la bouche ensanglantée

        c’est le (Ion de l’auvent qui déjà nous blesse, le feu qui nous chasse

        si haute est la nuit que nous sommes dans l’ignorance

        l’émerveillement comme à la frontière d’un territoire excessif

        après l’incorporation de la marche à l’étendue

        d’un feu désaltérant de souches la cendre est blanche à nos pieds

        à peine la clarté que laisse la mer en se retirant

        Jacques Dupin

        Aimé par 1 personne

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