10 réflexions sur “Hommage à F.A. Moerman / Titi Robin

  1. LA COLÈRE AMOUREUSE

    Amour
    Je t’aime, acculé à mes cuisses, prince du destin !

    Entre mes seins, la lune affabule ton profil.

    Mon amant, fors l’oubli, tu me perdrais ?

    Gant de chiendent !

    L’élégance de tes dents, de tes os, de ton nombril,

    Sperme posthume de ta présence,

    M’agite de tics comme un lé d’avoine.

    Pain bis ! coupé par la main de génie,

    Distribué à toutes les jolies têtes de l’aube !

    Mes dépaysantes nattes, leur dédain éthéré,

    Mon teint blanc m’ont valu l’affront de la faim !

    On a spolié ma langue.
    Fardée comme un rêve,

    Je visite mes domaines labourés.

    Je m’y lève, je m’y chasse.

    Mes mains nouveau-nées

    Louvoient dans l’imminence de la hachette !

    Les lits défaits qui nous furent cédés,
    Les horizons dépliés, les jardins déniaisés,
    La foule, la cité tout entière
    Concourent à notre sereine collision !

    D’autres nous assassinèrent… mais plus tard !

    La mèche était à peine brûlée

    Que, partout, sans cesse, le fracas

    Nous baisait le front, la haine nous inhalait.

    Le pire se suicidait dans nos deux corps unis.

    Ce fut un élégant gala.
    Les moines haïs

    Nous riaient au nez sur le chemin abrupt.

    Les malades, les fous supputaient

    Les chances de notre focale conjonction.

    Le vent aveugle inspirait tous nos actes.

    Jeunes, enivrés, armés, masqués, certains,

    Nous arpentions le sol planétaire de la chambre.

    Tremblants comme des étamines.

    Le feu sale soudé aux poumons comme du sang.

    Nos disputes ricochaient à perte de vue

    Sur le lac des
    Brûlés
    Vifs.

    Nous étions heureux !
    Manèges !

    Les crabes agglutinés à nos cils anxieux.

    Empêtrés dans le miel marâtre du démon,

    Fanatiques gitans,

    Missionnaires, nous évangélisions les atomes !

    Mais kangourou !
    Mais saxifrage !

    Dès l’aube, un géant aiguise la foudre sur nos lèvres,

    Moissonne nos différences et gaspille leurs sucs !

    Inachevée, mise entre parenthèses par l’amour,

    Je me vêts de ma migraine innée.

    Arrogante avec les mariées, les putains,

    J’écrase de mon talon de craie

    Les orvets travailleurs des cités, la bave ralentie du soleil.

    Ancrée dans mon pus, fascinante,

    Je souille tous les passants que disjoint mon étrave.

    Toi,
    Tourgar qui veilles sur mes hanches.

    Côtes tourmentées par l’humeur de la houle,

    Qui frôles mes seins,

    Méduses égarées par l’insensé simoun,

    Toi qui m’irrites comme une caresse, .

    Sempiternel fututeur romantique,

    Toi qui entends le tonnerre dans mes paumes,


    Fais le fantôme !
    Introduis l’auriculaire

    Dans l’éternel !
    Recule !

    Ma tête démontable se démantèle dans l’orage.

    En proie au fendillement du
    Hondo vaginal,

    Mon squelette barbare saccage déjà ma chair.

    Je t’en conjugue,
    Tourgar,

    Culbute ton salut par-dessus nuque !

    Lave ta langue dans la neige du
    Dehors !

    Hisse le torchon des écorchés au mât du cirque !

    Dénonce-moi aux fourmilières fielleuses !

    Impudente, véridique,

    J’attends mes exécuteurs, le caillou du crime

    Entre les dents, dedans !

    Mes fantaisies, mes rires sont condamnés

    Par l’ivresse énervante qui me jette

    Entre les jambes de l’agonie !

    Les incisives sapées par de secrètes galaxies,

    J’entre, décomposée, dans la gueule du soufre,

    Dans l’anus distendu et meurtri de l’orgie.

    Remontée au fin fond dilué de mon mal,

    Je mastique en pleurant mes intestins rosâtres.

    ô
    Remontée !
    Atterrante fiction,

    Démentie par mes satellites, mes amants.

    Les moindres traces de mains sur les murs blancs !

    Voici mon bât : le feu hérétique de mes gencives,
    Le scandale du clitoris de hurlevent !

    ô glaïeul, glaïeul haï !

    Gueule grise et fourbue, manduquée,

    Enténébrée par mille gares, mille pays !

    Visage propre, parcheminé !

    Mon seul soutien ! mon sarcophage !

    Cède à la tuetie lucide de mes idées :

    Chasse le sommeil de tes combles.

    Célèbre ton front enorgueilli de sylphide décriée

    Et convoite le crime candide de l’ironie.

    Sois pure sous l’affront.
    Baise ton bourreau.

    Brutalise ta gabegie maniaque,

    Et glapis, glapis,

    Assailli par les légions lunaires du barren,

    Mords-toi les doigts jusqu’au cri !

    Ta laideur, oeuvre éthique de ton génie,

    Fait loi dans l’espace de la liberté bannie.

    Ta laideur, garante, balaie les molles cathédrales

    Devant toi.

    Tu es une, seigneuriale, ton gant


    Suspendu ou jeté —

    Décide ton destin à prendre le salut humain

    En main.

    Tourgar, traître à ma traîne, à ta maîtresse,

    Tu as saboté mes larmes, saboté mon ciel, saboté mon

    sang!
    La douceur qui me ploie te rend boxeur, ô
    Vendangeur du danger !
    Danseur sur la fange !

    Je te connais !
    Ton opacité est à ma portée !

    Tu me tues quand tu te tais,

    Tu me tues quand tu trames ta vérité !

    Contre la mienne, ton entendement tamponne,

    La jette au cachot de ta haine.
    Paladin d’effroi,

    Mes cils miroitent sous la nue dépeuplée de ton rire !

    Ma cuisse, pulvérisée par ton violent midi,

    Je suis enchaînée, enchantée par ton chant.

    Orphée révolté, entêté, malséant,

    Tu taquines ma forteresse : je chatouille

    Tes cuirassés frémissants !

    Esquif hypertrophié par la mer,

    Ta coque est percée !
    J’ai lancé

    Ma torpille contre ton destin.
    Tu n’es plus

    Que ton propre crachin.

    Tu as tort de tendre la main à la lagune :

    Elle t’élude.

    Les temps de vous contempler sont comptés.

    Tu décherras bientôt, mutilé chantourné et charmeur.

    Tes chances choiront dans l’enfer,

    Mon petit!

    J’ai volé les globules de ta cartouchière !

    ô fol failli,

    Mes tourments ont émondé ton panache !

    Maté, tu reviendras bientôt

    Dans les jupes infantiles de la nue :

    Retour régulier d’un nuage

    À l’orée maternelle de demain.

    Lutin dévideur d’interminable vide.

    Petit requin rayé des listes du levain :

    Rassis entre nos tombes, le pain nous séparera, fossiles !

    Dans la balance des fardeaux,

    Impondérable fusée, je m’élance vers ta ramée !

    Guillotine sacrée, guillotine grégaire et racée,

    N’épargnez pas la tête d’Attulima !

    Elle préfère l’éclat de la liberté

    Aux imprécations d’une apocalypse aliénée !

    Alain Jouffroy

    Merci Barbara, avec ce vibrant poème je t’offre l’hommage de Titi à un frère de sa route. Au soir d’un jour qui se voulait tristounet, j’ai jeté mes jardins…ils sont restés suspendus…je t’embrasse, ça se fête.

    Aimé par 1 personne

  2. LES GITANS

    Il y a un feu sous les arbres : on l’entend qui parle bas à la nation endormie près des portes de la ville.

    Si nous marchons en silence, âmes de peu de durée entre les sombres demeures, c’est de crainte que tu meures, murmure perpétuel de la lumière cachée.

    Philippe Jaccottet

    Merci Gilles.

    Aimé par 1 personne

Vos commentaires seront toujours les bienvenus

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s