De Terre Bleue


norman

De Terre Bleue

Est-elle plus aux poils d’un de mes pinceaux, qu’à la pointe d’un roller qui lui écrit des mots-peints ? Elle est partout de pore en pore.

  • Allons au bord de ce qui ne fut pas tracé faute de voie praticable, lui-dis-je dans l’ouverture de son chemisier.
  • Elle me répond d’un bruit de remous, la rivière est au bas de moi, naviguons.

Alors les accessoiristes convoqués chez un faiseur de fausses prédictions nous libérèrent des phrases stériles.

  • Fais-moi enfant-fou comme toi dit son crayon qui jouait à saute-mouton. Prenant les couleurs à son bord la mer appareillera tous voiles au-dehors. Nous n’écrirons plus que peint et ne peindrons désormais  qu’écrit, bâtons de craie, feutres imbibés, arc-en-ciel sur contrefort, arc-boutant en flèches, des mots cathédrales tirés des pierres d’une m’aime carrière. Un espoir semblable tiré de nos blessures mises à l’air

René Char chaque jour lui envoya sa lettre quotidienne durant des décennies, même encre, même papier..

http://jean-leveque.fr/specific/formats/page.jsp?id=604

Niala-Loisobleu – 24/03/18

7 réflexions sur “De Terre Bleue

  1. Celui-ci Barbara, je peux le citer plusieurs fois par foi, il me suffit d’être vivant jusqu’à repousser toute idée de mort:

    JOIE

    Comme tendrement rit la terre quand la neige s’éveille sur elle!
    Jour sur jour, gisante embrassée, elle pleure et rit.
    Le feu qui la fuyait l’épouse, à peine a disparu la neige.

    S’il te faut repartir, prends appui contre une maison sèche.
    N’aie point souci de l’arbre grâce auquel, de très loin, tu la reconnaîtras.
    Ses propres fruits le désaltéreront.

    Levé avant son sens, un mot nous éveille, nous prodigue la clarté du jour, un mot qui n’a pas rivé.

    Espace couleur de pomme.
    Espace, brûlant compo-

    tier.

    Aujourd’hui est un
    Jouve.
    Demain verra son bond.

    Mets-toi à la place des dieux et regarde-toi.
    Une seule fois en naissant échangé, corps sarclé où l’usure échoue, tu es plus invisible qu’eux.
    Et tu te répètes moins.

    La terre a des mains, la lune n’en a pas.
    La terre est meurtrière, la lune désolée.

    La liberté c’est ensuite le vide, un vide à désespérément recenser.
    Après, chers emmurés éminentis-simes, c’est la forte odeur de votre dénouement.
    Comment vous surprendrait-elle?

    Faut-il l’aimer ce nu altérant, lustre d’une vérité au caur sec, au sang convulsif!

    Avenir déjà raturé!
    Monde plaintif!

    Quand le masque de l’homme s’applique au visage de terre, elle a les yeux crevés.

    Sommes-nous hors de nos gonds pour toujours?
    Repeints d’une beauté sauve?

    J’aurais pu prendre la nature comme partenaire et danser avec elle à tous les bals.
    Je l’aimais.
    Mais deux ne s’épousent pas aux vendanges.

    Mon amour préférait le fruit à son fantôme.
    J’unissais l’un à l’autre, insoumis et courbé.

    Trois cent soixante-cinq nuits sans les jours, bien massives, c’est ce que je souhaite aux kaîsseurs de la nuit.

    Ils vont nous faire souffrir, mais nous les ferons souffrir.
    Il faudrait dire à l’or qui roule : «
    Venge-toi. »
    Au temps qui désunit : «
    Serai-je avec qui j’aime?
    O, ne pas qu’entrevoir! »

    Sont venus des tranche-montagnes qui n’ont que ce que leurs yeux saisissent pour eux.
    Individus prompts à terroriser.

    N’émonde pas la flamme, n’écourte pas la braise en son printemps.
    Les migrations, par les nuits froides, ne s’arrêteraient pas à ta vue.

    Nous éprouvons les insomnies du
    Niagara et cherchons des terres émues, des terres propres à émouvoir une nature à nouveau enragée.

    Le peintre de
    Lascaux,
    Giotto,
    Van
    Eyck,
    Uccello,
    Fouquet,
    Mantegna,
    Cranach,
    Carpaccio,
    Georges de
    La
    Tour,
    Poussin,
    Rembrandt, laines de mon nid rocheux.

    Nos orages nous sont essentiels.
    Dans l’ordre des douleurs la société n’est pas fatalement fautive, malgré ses étroites places, ses murs, leur écroulement et leur restauration alternés.

    On ne peut se mesurer avec l’image qu’autrui se fait de nous, l’analogie bientôt se perdrait.

    Nous passerons de la mort imaginée aux roseaux de la mort vécue nûment.
    La vie, par abrasion, se distrait à travers nous.

    La mort ne se trouve ni en deçà, ni au-delà.
    Elle est à côté, industrieuse, infime.

    Je suis né et j’ai grandi parmi des contraires tangibles à tout moment, malgré leurs exactions spacieuses et les coups qu’ils se portaient.
    Je courus les gares.

    Cœur luisant n’éclaire pas que sa propre nuit.
    Il redresse le peu agile épi.

    Il en est qui laissent des poisons, d’autres des remèdes.
    Difficiles à déchiffrer.
    Il faut goûter.

    Le oui, le non immédiats, c’est salubre en dépit des corrections qui vont suivre.

    Au séjour supérieur, nul invité, nul partage : l’urne fondamentale.
    L’éclair trace le présent, en balafre le jardin, poursuit, sans assaillir, son extension, ne cessera de paraître comme d’avoir été.

    Les favorisés de l’instant n’ont pas vécu comme nous avons osé vivre, sans crainte du voilement de notre imagi’ nation, par tendresse d’imagination.

    Nous ne sommes tués que par la vie.
    La mort est l’hôte.
    Elle délivre la maison de son enclos et la pousse à l’orée du bois.

    Soleil jouvenceau, je te vois ; mais là où tu n’es plus.

    Qui croit renouvelable l’énigme, la devient.
    Escaladant librement l’érosion béante, tantôt lumineux, tantôt obscur, savoir sans fonder sera sa loi.
    Loi qu’il observera mais qui aura raison de lui; fondation dont il ne voudra pas mais qu’il mettra en œuvre.

    On doit sans cesse en revenir à l’érosion.
    La douleur contre la perfection *.

    Bonheur
    René Char

    Aimé par 1 personne

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