Le long des Quais 11


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Le long des Quais 11

Vincent, j’ai beau savoir, c’est comme à chaque fois, le verglas n’arrive qu’au moment où tu crois soleil. J’entends sans besoin de gamelle, oui j’entends tes jaunes me le dire avant de sortir de mon antre. Le nez dehors c’est pas pour n’importe qui, surtout pas pour mon espèce.  C’est tout môme que ça a commencé, mais t’as pas la rancune, à quoi bon dans ces conditions te répéter qu’ils vont tout te prendre sans rien te donner. Ta hargne elle va à l’encontre de la façon qu’on doit vivre. Faut piétiner l’autre, couillon surtout pas vouloir t’en rapprocher. On ne le reconnaîtrait pas le monde s’il tenait les promesses qu’il fait. Cette angélique créature qui fait du stop au bord de la route, mais c’est le monstre qu’il faut voir en elle. Plus ça fait rosière plus la salope est dedans. On est en hiver, alors tu peux pas dire que le verglas de ce matin il était pas au bon endroit du bon moment, sois honnête. T’as fait printemps promesse de récolte d’été avec tes couleurs, mais les rouges est-ce que c’est compatible avec la sincérité ? Pense aux mouvements de la muleta, il faut que l’un des deux meurent, l’arène sans mise à mort c’est un rite qui connaîtrait rien du fond de l’amour…

Niala-Loisobleu – 10 Février 2018

AVENIR


Henri Michaux

AVENIR

 

Quand les mah,

Quand les mah,

Les marécages,

Les malédictions,

Quand les mahahahahas,

Les mahahaborras,

Les mahahamaladihahas,

Les matratrimatratrihahas,

Les hondregordegarderies,

Les honcucarachoncus,

Les hordanoplopais de puru paru puru,

Les immoncéphales glossés,

Les poids, les pestes, les putréfactions,

Les nécroses, les carnages, les engloutissements,

Les visqueux, les éteints, les infects,

Quand le miel devenu pierreux,

Les banquises perdant du sang,

Les
Juifs affolés rachetant le
Christ précipitamment,

L’Acropole, les casernes changées en choux,

Les regards en chauves-souris, ou bien en barbelés, en boîte à clous,

De nouvelles mains en raz de marée,

D’autres vertèbres faites de moulins à vent,

Le jus de la joie se changeant en brûlure,

Les caresses en ravages lancinants, les organes du corps les mieux unis en duels au sabre,

Le sable à la caresse rousse se retournant en plomb sur tous les amateurs de plage,

Les langues tièdes, promeneuses passionnées, se changeant soit en couteaux, soit en durs cailloux,

Le bruit exquis des rivières qui coulent se changeant en forêts de perroquets et de marteaux-pilons,

Quand
Y Épouvantable-Implacable se débondant enfin,

Assoira ses mille fesses infectes sur ce
Monde fermé, centré, et comme pendu au clou,

Tournant, tournant sur lui-même sans jamais

arriver à s’échapper,
Quand, dernier rameau de l’Être, la souffrance,

pointe atroce, survivra seule, croissant en

délicatesse,
De plus en plus aiguë et intolérable… et le

Néant têtu tout autour qui recule comme la

panique…
Oh!
Malheur!
Malheur!
Oh!
Dernier souvenir, petite vie de chaque

homme, petite vie de chaque animal, petites

vies punctiformes;
Plus jamais.
Oh!
Vide!
Oh!
Espace!
Espace non stratifié…
Oh!

Espace,
Espace!

Henri Michaux

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A MA PREMIERE VUE


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A MA PREMIERE VUE

 

Je reste dans la perspective du réveil, non pas sortir de cette teneur d’illusion qui fait une réalité à partir d’une basse d’envol avérée

J’ai vu dans le froid du soleil retiré, denser par la chaleur d’une pensée à qui j’ai donné un nom, sans recevoir de non en réponse

Si je savais comment d’où je viens réellement, je m’aurais accepté cartésien, peut-être, mais voilà, je rêve aussitôt après être sorti de ma nuit, tant qu’à choisir pourquoi aller vers le pire, le bon du bonnet, le bon du bonnet, me répète en boucle le tunnel du métro matinal de mon adolescence. Je le prenais à Pyramides, c’est de là que j’ai des siècles qui contemplent…

Ce qui vient de l’amour tant ça humanise la barbarie terrestre que ça incline à panser positif

Et puis j’ai soif de ses seins dès le réveil, pas un enfant ne se méprend sur ce signe…

 

Niala-Loisobleu – 10 Février 2018