AU PAYS DE LA MAGIE,


Henri Michaux

 

AU PAYS DE LA MAGIE, I

 

J’ai vu l’eau qui se retient de couler.
Si l’eau est bien habituée, si c’est votre eau, elle ne se répand pas, quand même la carafe se casserait en quatre morceaux.

Simplement, elle attend qu’on lui en mette une autre.
Elle ne cherche pas à se répandre au-dehors.

Est-ce la forme du
Mage qui agit ?

Oui et non, apparemment non, le
Mage pouvant n’être pas au courant de la rupture de la carafe et du mal que se donne l’eau pour se maintenir sur place.

Mais il ne doit pas faire attendre l’eau pendant trop de temps, car cette attitude lui est inconfoi table et pénible à garder et, sans exactement se perdre, elle pourrait
s’étaler pas mal.

Naturellement, il faut que ce soit votre eau et pas une eau d’il y a cinq minutes, une eau qu’on vient précisément de renouveler.
Celle-là s’écoulerait tout de suite.
Qu’est-ce qui la retiendrait ?

L’enfant, l’enfant du chef, l’enfant du malade, l’enfant du laboureur, l’enfant du sot, l’enfant du
Mage, l’enfant naît avec vingt-deux plis.
Il s’agit de les déplier.
La vie de l’homme alors est complète.
Sous cette forme il meurt.
Il ne lui reste aucun pli à défaire.

Rarement un homme meurt sans avoir encore quelques plis à défaire.
Mais c’est arrivé.
Parallèlement à cette opération l’homme forme un noyau.
Les races inférieures, comme la race blanche, voient plus le noyau que le dépli.
Le
Mage voit plutôt le dépli.

Le dépli seul est important.
Le reste n’est qu’épiphénomène.

 

Henri Michaux

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« JE PEINS LA LUMIERE QUI EMANE DE TOUS LES CORPS »


schiele

 

« JE PEINS LA LUMIERE QUI EMANE DE TOUS LES CORPS »

1er septembre 1911

Tout ce qui est sorti de ma main ces deux ou trois dernières années, qu’il s’agisse de peinture, de dessin ou d’écriture, est censé « engager l’avenir ». Jusqu’à présent, je n’ai rien fait d’autre que de donner, et m’en trouve si enrichi que je suis obligé de continuer à faire don de moi-même. Si l’artiste aime son art par-dessus tout, il doit être capable de laisser choir son meilleur ami lui-même. Pourquoi suis-je resté loin de vous ? Certains, je le sais, donnent une réponse injuste à cette question, et vous devez croire que je fais la mauvaise tête. En réalité, je tâche de résister à toutes les agressions de la vie. J’aspire à tout connaître par expérience ; pour y parvenir, il faut que je sois seul, je n’ai pas le droit de me laisser amollir, mais je dois être dur, en me laissant guider par la seule pensée. — D’ores et déjà, je suis arrivé à différentes choses ; entre autres, certaines de mes peintures se trouvent à Hagen, en Westphalie, au musée Folkwang, ou chez Cassirer [un propriétaire de galerie] à Berlin, etc., ce qui me laisse froid, du reste. — Je sais que j’ai fait d’énormes progrès sur le plan artistique, je me suis enrichi de mille expériences, ai lutté sans trêve contre l’art « commercial ». […] Le peu que j’ai appris de psychologie au contact des « réalités » me permet d’affirmer ceci : les petits sont vaniteux, et trop petits pour pouvoir connaître la fierté, et les grands sont trop grands pour pouvoir être vaniteux. […] La chose la plus précieuse à mes yeux, c’est ma propre grandeur. — Suivent quelques aphorismes de mon cru :

Aussi longtemps qu’existent les éléments, la mort absolue sera impossible.

Qui n’est pas affamé d’art est proche de la décrépitude.

Seuls les esprits bornés rient de l’effet produit par une œuvre d’art.

Portez votre regard à l’intérieur de l’œuvre d’art, si vous en êtes capable.

Une œuvre d’art n’a pas de prix ; pourtant, elle peut être acquise.

Il est certain qu’au fond, les Grands étaient des hommes bons.

J’ai plaisir à le constater, ils sont rares, ceux-là qui ont le sens de l’art. — Signe constat de la présence du divin dans l’art.

Les artistes vivront éternellement.

Je sais qu’il n’existe pas d’art moderne, mais seulement un art, — qui est éternel.

Si quelqu’un demande qu’on lui explique une œuvre d’art, ce n’est pas la peine de répondre à son vœu : il est trop borné pour comprendre.

Je peins la lumière qui émane de tous les corps.

L’œuvre d’art érotique, elle aussi, a un caractère sacré !

J’irai si loin qu’on sera saisi d’effroi devant chacune de mes œuvres d’art « vivant ».

Le véritable amateur d’art doit avoir l’ambition de pouvoir détenir en sa possession aussi bien l’œuvre d’art la plus ancienne, que la plus moderne.

Une unique œuvre d’art « vivant » suffit à assurer l’immortalité à un artiste.

Les artistes sont si riches, qu’ils doivent se donner sans trêve ni relâche.

L’art ne saurait être utilitaire.

Mes tableaux devront être placés dans des édifices semblables à des temples.

 

 Egon Schiele

 

Aussi longtemps que l’ignorance de l’amour me crucifiera dans son arène, tête basse et cape d’épais coeur, j’irai nu, tel, authentique, lance en érection à la Femme, portant tête hôte, mes couleurs sans non d’emprunt – pantomimes allumeuses – que le lapin se doigte l’amor dans l’âme à l’ombre chinoise d’un théâtre scatophage…

Sans abdiquer

juvénile maturité, élan spontané, flair sauvage planté dans le boisé odoriférant de la yourte que l’homme moitié cheval que je suis chevauche à cru…

Egon se le dise…

 

Niala-Loisobleu – 1er Février 2018

 

Egon-Schiele-Sitzende-Frau-in-violetten-Strümpfen-1917-©Courtesy-Richard-Nagy-Ltd.-London

 

Une Epoque est-ce que ça se Soigne ?


 

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Une Epoque est-ce que ça se Soigne ?

 

Dans une ombre qu’aucun fabricant d’ampoules ne mettrait en marché dans son petit commerce à but zif, l’habit de lumière pendait là, las au clou d’un torril naguère impatient de bondir. La guitare pendue par les cojones derrière les oreilles d’un toro récupéré en silhouette sur l’autoroute de Carmen-Cita, une banlieue des coins à poufs de Marbella. Pas de vent, rien qui bat l’anse. Marée basse, l’évent taire en bouche cousue, ah mon Jacques qu’ont-ils fait de tes prés verts ? Pas une baleine pour aller tremper le bouchon avec son pair. Le vers plus solitaire  que jamais est tout recroquevillé dans un slip Athênia, camp gourou collection de poche sous les dieux. Sur les promenades d’anglais, Lord Brexit plus entouré d’os que jamais joue tout seul avec son écartement de railles  à part.  La femme à barbe annule son rendez-vous chez le barbier, plus un poêle à sa zoute ne faisant oasis au mont de Vénus. Les gentils membres du Club Med se sont fait tricards dans une tournante du 93. Puis après avoir demandé le remboursement du drapeau blanc dans la guerre du Hard Scellement, sont allés s’acheter un fusil de chasse d’ô, étanche. Ajax et son frère , reçus en héros par la grande prêtresse du mariage pour tous, plongent dans l’ llliade à baldaquin pour tester l’Homère avant le naufrage. Sur le mur à No, un serre-pan-python venait de bouffer les lunettes d’un confrère avec le fakir. Flûte. On y voit plus que goutte, ça déborde. A Paris une course d’obstacles qui se trouvait accrochée sur la voie fluviale a largué les amarres. Le zouave mouille plus que jamais ses doigts dans la culotte de ma soeur. Un bar à steak, s’est vu refusé la licence IV, en raison du trop grand éloignement de la crèche, les nounous trouvaient que le transport des biberons leur abîmait les seins. Sur laisse cabot, on cherche une radasse pour le rôle de Jeanne au bûcher. L’optimisme remonte dans les containers de spermatozoïdes, le branleur a un avenir illimité. Un moyen d’équilibrer la hausse de mortalité dans l’aide-soignante. J’irais pas crever en maison, c’est plus c’que c’était avant que la Marthe se foute au féminisme radical.

Niala-Loisobleu 1er Février 2018