ENTRAIN CORAIL


 

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ENTRAIN CORAIL

Juste ciel accorde

ton archet aux couleurs du Temps

un peu de musique de trottoir en bonnet dans ses oreilles

remettrait assez de roulement dans les billes de ma marelle

Mon carré de craie s’attache aux doigts des falaises dans une image d’Etretat

Monet-Monet

on dirait la guitare d’une étape de St-Jacques par la porte basse d’un autre trip

comme quand il y avait des couloirs aux grandes lignes des voyages de noces à Venise

et des couchettes dans les trains de marchandises

Toi émoi au coeur d’une meule en fils de soupe à l’oignon…

 

Niala-Loisobleu – 31/01/18

 

 

LES APPARITIONS DÉDAIGNÉES


René Char

 

LES APPARITIONS DÉDAIGNÉES

Les civilisations sont des graisses.
L’Histoire échoue,
Dieu faute de
Dieu n’enjambe plus nos murs soupçonneux, l’homme feule à l’oreille de l’homme, le
Temps se fourvoie, la fission est en cours.
Quoi encore ?

La science ne peut fournir à l’homme dévasté qu’un phare aveugle, une arme de détresse, des outils sans légende.
Au plus dément : le sifflet de manœuvres.

Ceux qui ont installé l’éternel compensateur, comme finalité triomphale du temporel, n’étaient que des geôliers de passage.
Ils n’avaient pas surpris la nature tragique, intervallaire, saccageuse, comme en suspens, des humains.

Lumière pourrissante, l’obscurité ne serait pas la pire condition.

Il n’y avait qu’une demi-liberté.
Tel était l’octroi extrême.
Demi-liberté pour l’homme en mouvement.
Demi-liberté pour l’insecte qui dort et attend dans la chrysalide.
Fantôme, tout juste souvenir, la liberté dans l’émeute.
La liberté était au sommet d’une masse d’obéissances dissimulées et de conventions acceptées sous les traits d’un leurre irréprochable.

La liberté se trouve dans le cœur de celui qui n’a cessé de la vouloir, de la rêver, l’a obtenue contre le crime.

René Char

 

Je ne cesse, je ne cesse, c’est mon crée do, ré, mi, la, sol…

N-L 31/01/18

 

31 Janvier des millions d’ânées après


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31 Janvier des millions d’ânées après

 

 Matricule empoigné

image de dis-moi si tu trouves

aqua ça rime

la rivière à la configuration d’un grand et long marécage venu d’un autre monde

Puisses-tu seulement défaire du parcours cette collante odeur de brûlé

quand elle tombe en soleil  poisseux de la pomme de douche de la chambre

qu’on dirait du gaz

Si le monde a varié

puis s’est pendu au crochet du boucher jusque l’amor s’ensuive

c’est par l’attrait du public pour l’horreur dans tous ses états

l’essence ciel  s’est engagée dans les unités spéciales de la horde sauvage

Au Musée-Homme d’Histoire Naturelle la reconstitution d’un brachycératops a réussi

pour son premier déjeuner il a demandé l’humanité toute entière

 

Niala- Loisobleu – 31 Janvier 2018

NOTRE SŒUR LA MORT


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NOTRE SŒUR LA MORT

Le jour se fend

Comme un noyau de pêche

Amande amère amande

Un oiseau passe

L’air tremble un peu plus fort

Ce n’est rien

Que le rire en pente

Des morts

L’oiseau qui va mourir

Est seul

Personne

Pour étendre ses ailes

Au sommet du vent

Personne pour lui dire

Que la mort est royale

Comment partir

Suivre l’étroite veine

Et le fleuve de sève

Gagner les cordages

Monter

Plus haut que les feuilles

J’agonise

Dans un nœud de l’arbre

Aucune chose ici Ne dira oui Ou non

Le fil de l’araignée Frissonne sur l’abîme… Qui peut passer? Seule une abeille Met le feu au silence

Je vis en rond Dans une motte de terre A l’abri de quoi ? Entre les pailles je vois Le ciel qui fond Comme un oiseau de proie Son aile suffit à troubler Les blés

Le temps à peine

De dire adieu

Le monde m’est tiré du cœur

Comme un poignard

La déchirure doucement

Se referme

Minuit

La paix des chrysalides

Est si profonde

Attente

Regard

Moins qu’une ombre

Plus transparent

Que la prunelle d’un ange

Un mort

A si peu de chose à faire

Que le temps l’oublie

O désirable Eternité

Dans la rose d’une heure Dans les yeux qui passent Dans la voix qui luit Dans la beauté des jours Qui coulent vers la mer Je te bois comme un vin

Le vide par moi

Se consume

Vos larmes je les change

En rubis

Vos cris

En étincelles

Mes bienheureux

Dit-elle

Je suis la gardienne

Du feu

On m’a dit

Que les violettes de l’oubli

Sont la seule compagnie

Des morts

Y a-t-il un printemps?

Moi je sais que la nuit

Vient d’abord

De quoi aurais-je peur

Depuis longtemps

L’ombre est ma demeure

Lentement

Comme on forme une fleur

Apprends-moi

Les trois humbles voyelles

Du oui

Je suis mille Je serai une Tranquille absolue Equation résolue Charade trouvée Toujours verte pensée De Dieu

J’ai soif

Les sources qui m’appellent

Sont menteuses

Ici

Le dernier mot des choses

Est mirage

Seule me reste

Cette lourde fleur jaune

La solitude

Je suis l’été

Dit-elle encore

Plantez vos tentes

Sur mes bords

Je coule à vos pieds

Soleil liquide ou vin

Celui qui m’a goûtée

Fleurira

Qu’on me laisse vieillir Sous l’amandier mûr L’automne est proche Le temps de voir partir Les hirondelles Et tout sera dit Le silence tombe En moi comme un fruit

On a creusé ma tombe

Au prochain cimetière

La terre sera prête

Moi non

La lumière sera pure

Moi non

Je suis l’enfant du sable

Et du limon

Les siècles passeront

Il faut tant d’eau

Pour laver une ombre

Aucun n’est pur

Dit-elle doucement

Venez à moi

Dans vos cœurs de semaine

J’ai les mains pleines

De paix

Mes bien-aimés

Moi qui suis digne

Je vous fais digne.

 

Anne Perrier

COUVRE-FEU


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COUVRE-FEU

Un coin au bout du monde où l’on est à l’abri

Les colonnes du soir se tendent

Et la porte s’ouvre à la nuit

Une seule lampe qui veille

Au fond il y a une merveille

Des têtes qu’on ne connaît pas

Au mur des plans qui se ressemblent

Ma figure plus effacée

Entre nous deux l’air chaud qui tremble

Un souvenir détérioré
Entre les quatre murs qui craquent

Personne ne parle
Le feu s’éteint sous la fumé.

 

Pierre Reverdy

MAGIE


Henri Michaux

 

MAGIE

Plusieurs veulent obtenir des créations mentales en utilisant la méthode fakirique.
C’est une erreur.

Chacun doit avoir sa méthode.
Quand je veux faire apparaître une grenouille vivante (une grenouille morte, ça c’est facile) je ne me force pas.
Même, je me mets mentalement à peindre un tableau.
J’esquisse les rives d’un ruisseau en choisissant bien mes verts, puis j’attends le ruisseau.
Après quelque temps, je plonge une baguette au delà de la rive; si elle se mouille, je suis tranquille, il n’y a plus qu’à patienter un peu, bientôt apparaîtront les
grenouilles sautant et plongeant.

Si la baguette ne se mouille pas, il faut y renoncer.

Alors, je fais la nuit, une nuit bien chaude et, avec une lanterne, je circule dans la campagne, il est rare qu’elles tardent à coasser.

Cela ne vient rien faire ici.
Mais il faut que je le dise, c’est là devant moi, cela vient :
Je vais être aveugle.

Henri Michaux

CELLE D’ESTRAN


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CELLE D’ESTRAN

Voici la vie ajout contre joue qui gazouille d’un chant de rivière dans le jardin comme arrose l’être à ce lavoir qui n’a jamais tu le battoir de la lavandière

et je suis là dans les plis de sa brouette, dans la rigole de sa poitrine ouverte, essoré des draps tristes de nuits grabataires, étendu à la fourche de l’herbe odorante de l’home des cavernes

dense pensée primitive

sur la corde du sourire sorti des pas perdus de l’attente de la paroi rupestre

 

 

Le couvercle de mes crayons

envolé en couleurs

les maisons se sont embrassées bouche à bouche

entre les dents des horizons suspendus

des figues pleins les doigts

Un aloès en bât d’âne

montait fort le violet des chardons

La musique s’est libérée des cordes

au frappé des mains de tous les coups de reins

la terre restituait les morts volés à la vie…

 

Niala-Loisobleu – 30 Janvier 2018